Antivirus et Coronavirus

Une ancienne molécule fait actuellement florès et suscite des débats passionnés autour du traitement du coronavirus dans plusieurs pays de la planète, dans les réseaux sociaux et au sein de la communauté scientifique : la chloroquine !

Ce dérivé de la quinine, un alcaloïde extrait de l’écorce du quinquina, arbuste originaire d’Amérique du Sud, est devenu confusément matière à controverse et source de polémiques déplorables, en cette période sombre où l’humanité affronte désespérément la virulence d’un micro-organisme coriace.

À n’en pas douter, la chloroquine est peu onéreuse et simple d’usage, administrée depuis des décennies, notamment sous le nom de Nivaquine. Mais est-elle si particulière pour justifier sa sortie d’une somnolence banale et entretenir des prétentions égocentriques ?

Pendant que le président Donald Trump y voit un «don du ciel» pour contrer le Covid-19 en Amérique, des essais cliniques prolifèrent tous azimuts et à qui mieux mieux…

Dans ce champ tumultueux d’antivirus, où l’on trouve plus d’épines solitaires que de souches solidaires, une étude marseillaise est venue alimenter une querelle bien française, d’un autre âge, sur les effets thérapeutiques d’un succédané de la chloroquine, l’hydroxychloroquine.

Parmi la trentaine de patients de l’échantillon, 16 figuraient dans le groupe des témoins n’ayant pas reçu le traitement et 20 appartenaient au groupe des cas qui l’ont subi jusqu’au terme de l’essai clinique.

Il en résulte, après six jours d’observation, que 90% des patients témoins ont conservé leur positivité contre 25% des cas traités à l’aide de l’hydroxychloroquine.

Peut-on alors allègrement conclure sur l’efficacité de cette molécule classique, même combinée à l’antibiotique azithromycine ?

Telle n’est pas, en tout cas, la déduction commise par une récente étude chinoise, selon laquelle la chloroquine n’est guère plus efficace que d’autres molécules utilisées pour lutter contre les pathologies virales.

En résumé, l’étude publiée dans la revue de l’Université du Zhejiang s’est intéressée à une cohorte de 30 patients atteints du Covid-19, dont la moitié avait ingurgité la chloroquine.

Après sept jours, 87% du groupe des cas qui suivaient le traitement ont été testés négatifs, le Covid-19 ayant disparu de leur organisme.

Pour le groupe des patients témoins qui, à des fins de contrôle, n’avaient nullement bénéficié de la chloroquine, le pourcentage de guérison dépassait légèrement 93%.

Le temps médian pris par les deux groupes de l’échantillon pour s’affranchir du damné virus mortel était quasiment identique.

Hélas, l’échantillon chinois pèche, à son tour, par sa taille pour s’avérer significatif sur le plan scientifique !

À juste titre, l’Organisation mondiale de la santé invite à la prudence, en raison de la non-représentativité des échantillons mis à contribution dans les deux études mentionnées supra.

En effet, l’échantillonnage est crucial en épidémiologie pour obtenir, dans notre état d’ignorance du vivant, une meilleure connaissance des phénomènes sanitaires.

Afin d’assurer, autant que faire se peut, la fiabilité des conclusions, l’échantillonnage, de préférence aléatoire, doit être en mesure de saisir la pluralité de chaque phénomène éligible, d’éviter des biais inducteurs d’erreurs systématiques, et d’établir un lien significatif entre l’effectif de l’ensemble de sujets représentatifs de la population étudiée et la confiance susceptible d’être accordée à la généralisation des résultats obtenus.

Nonobstant que les données cliniques sur le coronavirus demeurassent insuffisantes, l’honnêteté intellectuelle devrait rester le socle privilégié du respect des principes scientifiques.

Au-delà de ces principes universels, l’exigence aristotélicienne des corrélations organiques est censée nous aider à capter les influences qu’exercent les uns sur les autres les facteurs non seulement défavorables à la propagation du Covid-19, mais également favorables à l’émergence post-pandémique d’un monde plus serein et humain.

À ceux qui évoquent les limites de toute patience dans l’urgence, il y a lieu de rappeler que l’impatience est à la fois l’ennemie de la science et l’amie de l’inconscience.

Malgré l’absence actuelle d’alternatives au traitement radical du coronavirus, évitons les rumeurs folles et les thérapies fantaisistes sur la toile, qui vont jusqu’à suggérer des breuvages à la crotte de cochon comme antivirus…

Les obstacles sont certes nombreux sur le terrain de l’intelligence, mais ils ne sauraient excuser les tacles honteux dans le souterrain de la mésintelligence !

Prof. Dr Alain Boutat

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