Black Blanc Blues...

  17 May 2017

J’ai voulu rendre hommage à ma mère qui a œuvré pour que nous trouvions notre place dans ce pays, pour lequel nous sommes et demeurons des femmes “d’origine”. Ma mère est une femme qui n’a jamais eu peur d’être. Elle est allée où elle le souhaitait dans le monde. Sans jamais se poser la question de sa couleur. Je me suis toujours posée des questions sur la mienne. Avant de répondre à une annonce immobilière je prévenais tout de suite - je suis noire est-ce que ça vaut la peine de me déplacer? Et étonnamment, je suis toujours tombée sur des personnes que ça surprend. J’ai la même attitude face à un scénario. C’est comme si j’étais dans la tête du réalisateur. Je lis et je sais qu’on demande la nounou d’ “Autant en emporte le vent”, là, on veut Whoopy Goldberg, là une Fatou-fâchée en pagne aux envolées en bambara ou en Woloff, et ici on rêve de Naomi Campbell. Je devine les stéréotypes (*). Je pousse un soupir. Ouais ça ne sera pas encore pour cette fois-ci. Et j’apprends mon texte.
On nous veut rarement nous. Mais on y va tout de même parce que ...On ne sait jamais. Le refrain des casting-people.
Le plus souvent en France, l’actrice noire est un accessoire qui parle Dans le milieu artistique où l’on a tendance étrangement à mettre les gens dans des catégories. C’est très visible au cinéma (eh oui !) Est-ce dû au vieux système des emplois ? Il y a l’ingénue, la jeune première, la confidente, la coquette, la mère, la comique, la servante, la noire. La noire peut être nounou, femme de ménage, les deux, ou prostituée voir (upgrade) maitresse, fille de banlieue fâchée, ou mère de fille de banlieue fâchée, (variante triste et éplorée -oh missié non pas ma filleuuu!), droguée ou dealeuse, depuis peu elle, peut être flic, médecin ou avocate (mais avec modération, elle dit une phrase et c’est bon !). Bref celle avec laquelle on veut coucher, celle à laquelle on confirait ses marmots, ou celle qui nous console avec un bon repas et un gros câlin (retour à la nounou de Mme Scarlett...).
Je ne jette la pierre à personne. Après tout j’aurai certainement aussi dû bouger davantage mon arrière-train si je voulais changer les choses. Spike Lee, Singleton, Van Peebles sont allés chercher en-dehors du système et nous leur devons des vedettes incroyables comme Denzel WASHINGTON, Samuel L… Les scénaristes puisent souvent dans leur imaginaire nourri aux sources de l’inconscient. On ne peut pas s’attendre à faire partie de l’inconscient de blancs entourés de blancs vivants dans un monde comment dire… Blanc. Et c’est naturel.
Le scénariste écrit sur ce qui hante son esprit le plus souvent, sur ce qui lui parle. Et le producteur repose frileusement sur des fonds qu’il verse en évitant de prendre trop de risques. Il se fonde sur des sondages d’opinion qui date de l’ère Giscard certes et ça lui convient tout à fait. Tant que l’argent rentre, il aurait tort de changer. (Honnêtement vous le feriez-vous ?) Forcer les portes avec des exigences ethniques semblent être la solution. Mais je trouve souvent le résultat maladroit et à mon avis très artificiel. On a vu ça dans quelques films (soupir) tels que « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ?» ou des séries familiales sur des chaînes de grande écoute. L’art de Shonda Rhymes a été de réunir des acteurs de diverses pigmentations avec succès, parce que son univers est varié. Elle regarde une Amérique qui n’est pas figée dans les stéréotypes. Pour elle un acteur est un caractère et c’est ce caractère auquel l’actrice ou acteur donne vie. Elle a mis des femmes noires au premier plan parce qu’il n’y en avait pas. Et elle a ainsi prouvé que ces femmes pouvaient être des têtes d’affiche et plaire à une très large audience. (Vive Viola Davis !)Tout comme Mindy Calling.
Ces femmes vivent la diversité (quel triste concept !) au quotidien. Elles n’ont pas à faire de leur travail une revendication socio-politique. Elles ont plongé leur coeur dans ce qui est et c’est de cette façon que le public les a reçues. Elles ont fait comme ma mère. Elles ont fait avec, en refusant de jouer les victimes et en créant leurs propres voies dans un monde qui ne pensaient pas qu’hors des recettes éculées d’Hollywood on puisse réussir. Je n’ai pas eu le temps de finir ma toile. Mais j’espère le faire avant la fin du week-end. Et je m’envole pour Bali dimanche. Je n’ai aucune attente particulière. Juste repos, paix, beauté, ai-je dit repos ?

(*) Je tiens à rendre hommage à Régis Wargnier qui n’est jamais tombé dans cette catégorie. certe le personnage était une femme noire, mais il l’a voulue hors stéréotype. Merci. Et Dans “les Bleus” J’étais Cécile Courtois, personnage qui était caucasien au départ. Big Up.

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