M.Blaise ENGOLO EZO’O, Directeur National des Assurances

LDM : Quel est selon vous, l’état de santé du secteur des assurances au Cameroun ?

E.E.B. amélioré ses bonnes pratiques professionnelles, avec la forte impulsion donnée par le Ministre des Finances, M. Alamine OUSMANE MEY, dans le sens d’un assainissement accéléré, et qui rencontre les réorientations du régulateur supra national, la CIMA. Les grands ratios  de solvabilité sont conformes à la réglementation et la cadence de règlement des sinistres s’est nettement améliorée. Le ressenti n’est peut-être pas encore aussi perceptible que souhaité au niveau du large public, mais je crois que le secteur des assurances se porte relativement bien.

L.D.M. : Quels sont les grands chantiers en cours au MINFI afin de donner un coup d’accélérateur au développement du secteur des assurances au Cameroun ?

E.E.B. : La déclaration clairement affichée du Chef de Département Ministériel est effectivement de donner un coup d’accélérateur au développement d’un secteur des assurances national sain et solide. La diversité et la multiplicité des grands chantiers mis en œuvre en témoignent. Pour mémoire, on citera :

– La mise en place d’une nouvelle compagnie nationale de réassurance qui devra favoriser la rétention des primes émises dans le marché local ;

– L’ouverture du renouveau Fonds de Garantie automobile institué pour indemniser les victimes corporelles d’accidents de la circulation routière qui ne sont pas prises en charge par les réassureurs ;

– L’accélération du règlement des sinistres matériels en assurance automobile avec l’application de la convention Indemnisation Directe des Assurés(IDA) ;

– L’actualisation de l’Arrêté de 1994 portant tarif d’assurance de responsabilité civile automobile ;

– – L’exploitation de l’alternative complémentaire constituée par l’assurance islamique ;

– La vulgarisation des produits de micro assurance qui a pour vocation la couverture des masses populaires et du secteur informel ;

– Le développement de l’assurance agricole individuelle dont les retombées pourraient renforcer la sécurité alimentaire ;

– La révision du dispositif de l’assurance scolaire qui touche près de 10 millions d’élèves et étudiants ;

– Le transfert de la collecte du droit de timbre automobile aux sociétés d’assurance ;

– L’adhésion du Cameroun à l’Agence pour l’Assurance du Commerce en Afrique qui a vocation à soutenir les industries et les grands projets face aux risques politiques notamment.

Ce plan d’action relativement chargé se déploie dans un espace conforté par le renforcement de la solidité financière des entreprises d’assurances à travers le récent relèvement du capital social qui passe de un à cinq milliards récemment décidé par le régulateur.

L.D.M. : Au Cameroun, les sociétés d’assurance ont la réputation de ne pas souvent respecter leurs engagements envers les assurés. De quoi procède cette réputation selon vous ?

E.E.B. : Il s’agit en réalité de la perception qu’en a le grand public, à tort ou à raison ?A notre avis , l’assurance automobile, qui constitue l’une des 18 branches représentant tout de même près de 35% du chiffre d’affaires du marché y est pour beaucoup. En effet, trop nombreux sont les dossiers dont l’indemnisation traine. De même les victimes d’accident ne reçoivent pas toujours ce qu’ils ont dépensé ou espéraient recevoir de l’assureur.

Le processus d’indemnisation doit être clairement expliqué. Dans un contexte où l’Assurance de Responsabilité Civile Automobile est la plus largement répandue parce que obligatoire, le droit à indemnisation dans un accident matériel ne bénéficie qu’à celui qui a raison ». du coup la moitié des accidentés matériels n’est pas prise en charge, sauf lorsqu’on dispose de garanties dommages.

Ensuite s’engage la procédure d’obtention du procès-verbal, du rapport d’expertise et d’évaluation du dommage ainsi que les délais devant les tribunaux. L’un des points de blocage ou de retard réside très souvent dans les prétentions surévaluées des assurés, ce qui a pour conséquence d’engager le long processus de contre-expertise, et d’engendrer d’importants retards dans la procédure d’indemnisation. La faute n’est donc pas toujours exclusivement celle des assureurs. Ceux-ci doivent néanmoins agir pour la restauration de l’image fortement écornée de la profession.

L.D.M. : Quelles projections faites-vous du secteur camerounais des assurances dans 10 ans ?

E.E.B. : Il faut dire que le marché des assurances suit un développement qui est la résultante d’actions croisées de plusieurs acteurs dans un environnement particulier, souvent très concurrentiel. Ces acteurs sont, non seulement la Tutelle, mais surtout le marché et ses principales composantes, les compagnies d’assurances, les courtiers d’assurances, les agents généraux et les experts techniques. Il ne faut pas non plus ignorer la place des assurés et du régulateur supranational.

C’est dire que si chacun des assurances devrait dans les 10 prochaines années présenter un visage fortement rénové, avec des acteurs disposant de la capacité technique et financière idoine pour agir efficacement dans la dimension triple des missions de cette industrie à savoir :

  • La préservation du potentiel économique national à travers le remplacement des biens détruits et la protection/assistance du capital humain ;
  • Le règlement entier des sinistres dus dans les délais acceptables ;
  • La mobilisation de l’épargne et le financement de l’économie nationale ;

Pour ma part, je suis très optimiste sur un avenir très amélioré du fonctionnement des sociétés d’assurance, résolument orientées vers le service des assurés et bénéficiaires de contrats d’assurances.

Propos recueillis par Brice MBODIAM

(Source : « Les dossiers du MINFI »)

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