QUEL TRAITEMENT CONTRE LA PRÉVARICATION EN AFRIQUE ?

La «Mère de l’humanité» souffre de nombreux maux : guerres civiles, massacres ethniques, coups d’État, paupérismes exacerbés, épidémies endémiques, destructions écologiques… Ces maux sont si sévères qu’il semble désormais illusoire de pronostiquer leur prompte guérison, en corrélation lamentable avec les thérapies socio-organiques diversement importées.

Les maîtres des seigneuries régnantes et les chevaliers corrompus des oppositions de pacotille qui les ont continûment accompagnés, depuis la violation européenne de la Terra incognita au XVe siècle, ont sans doute leur part de responsabilité dans ces situations déplorables, successivement alourdies, au fil du temps des malheurs et des douleurs, par l’esclavagisme, le colonialisme et le néocolonialisme.

Malversations élitaires dans tous les azimuts

En complément de fléaux séculaires, il y a lieu de constater aujourd’hui une expansion massive des malversations élitaires dans tous les azimuts. L’autogreffe des ignominies a tellement pris qu’il paraît dorénavant vain d’excepter une réaction de rejet par l’embastillement thérapeutique du gratin cupide. Hélas, la «pénitencemycine» n’a manifestement plus d’effet bactéricide sur la criminalité de prédation!

Dans ce contexte désolant, amplifié par le paradoxe pénitentiaire, d’aucuns suggèrent de recourir au levier radical de la peine capitale. D’autres estiment, dans la même veine d’un châtiment présumé réparateur, que «tous les rastaquouères doivent être passés par le fil de l’épée dont ils se sont servis pour spolier les populations démunies».

Quelle défection de la raison objective! Le «zigouillage» de malfaiteurs impénitents est-il véritablement de nature à endiguer l’occurrence de nouveaux crimes en aval de leurs supplices respectifs? Le recouvrement des peines pécuniaires, sous forme d’indemnités et d’amendes prononcées contre les détournements de deniers publics, est-il si infructueux pour justifier le passage à un extrémisme judiciaire?

Dans l’affirmative, la faute serait-elle uniquement du côté des prévaricateurs condamnés, dont l’insolente opulence indue, souvent dissimulée à l’étranger, se révèle d’une démesure indécente et choquante? Les verdicts rendus par les tribunaux compétents ne constituent-ils pas autant de sentences exécutables sous l’égide des pouvoirs publics?

Pédagogie revisitée de l’intérêt collectif

De fait, la concussion têtue ne prospère ordinairement que dans des milieux gangrenés par les vices de l’enrichissement facile, les mimétismes malhabiles de l’occidentalisation inutile et les proliférations de faux-semblants futiles. La particularité exemplaire de ce tohu-bohu regrettable est de ne profiter qu’aux plus forts d’une hiérarchie parasitaire, parfois temporaire et éventuellement complicitaire.

Aussi l’espoir de l’avenir n’est-il pas totalement perdu, notamment au sein de l’exigeante jeunesse africaine. Face à un embrouillamini de calamités navrantes, les solutions sont certes polymorphes, mais requièrent, pour devenir fécondes, une approche systémique des fonctions institutionnelles de prévention, de sanction et de réhabilitation.

La clé du succès réside vraisemblablement en amont de ces fonctions classiques, dans une pédagogie revisitée de l’intérêt collectif, aussi bien dans les familles et les sphères de formation, dès la tendre enfance, qu’au sein des groupes ethniques et des pans flottants des sociétés civiles, fussent-ils fragmentaires et gagnés par la méfiance de l’altérité.

Quant aux invocations du panafricanisme, elles n’ont reçu jusqu’ici que des réponses stériles pour résoudre les problèmes du continent le plus martyrisé, depuis les indépendances inachevées et la récurrence des égoïsmes nationaux. Nonobstant son caractère intentionnellement vertueux, cette saine doctrine ne saurait simplement s’imposer à l’esprit par des remémorations affectives et des unions abstractives!

Alain Boutat pour MEDIAPART – PARIS

LUN. 5 OCT. 2020

Épidémiologiste,

Économiste et Politologue

Lausanne

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