Rose BOMBO… Modeliste du vêtement féminin

Glance Magazine : Modéliste parisienne réputée qui a fait ses classes initiales au Cameroun et ensuite en Europe, votre parcours professionnel Rose B est éloquent. Chanel, Yves Saint Laurent et plusieurs autres noms prestigieux de la haute couture française tels que le jeune Olivier  Roustaing, comment la jeune camerounaise que vous étiez au départ est-elle parvenue à la carrière captivante que vous menez en qualité d’indéniable professionnelle qui prend part à la confection toutes saisons confondues Été, Automne, Hiver ou Printemps de collections de divers et éminents stylistes français et anglais ?

Rose BOMBO : Native du Cameroun où je fais l’école primaire dans mon enfance jusqu’en fin de cycle. Au moment de remplir les dossiers du concours d’entrée en sixième mes parents ont décidé de m’inscrire en filière Couture au CETIF d’Akwa à Douala (collège d’Enseignement Technique Industrielle et Féminin). Décision d’une grande tristesse pour moi car à l’époque les élèves de ces établissements techniques étaient stigmatisés et ce type d’enseignements assimilés aux tâches domestiques. Décision de mes parents qui m’a révoltée parce que intelligente et jeune, je ne méritais selon moi pas ce sort. J’ai néanmoins obtempéré et en fin de ce cycle technique opté par mes parents, j’ai obtenu un CAP Couture Floue et plus tard un BP en Couture. Ambitieuse malgré cela, je me suis lancée le défi de faire de la Couture au plus haut niveau. J’ai immédiatement été recrutée au sein d’une société Française implantée à Edea en qualité d’aide-sociale. J’y avais la responsabilité d’animer ce que l’on appelait une case sociale au sein du département social de cette société où je formais tous les après-midis les épouses des cadres d’Alucam désireuses de s’initier aux différents aspects aux métiers de la couture que sont la broderie, la retoucherie ainsi que  la cuisine. J’ai ensuite eu l’opportunité d’être embauchée au Centre Médical Social de la CNPS à Yaoundé. J’ai ainsi pu économiser durant ces années de travail une certaine somme d’argent et ai souscrit une inscription à Paris en école de stylisme. Etudes de stylisme en France entamées, je me suis exclusivement orientée vers le modélisme au détriment du stylisme. Modélisme dont j’obtiens diplôme  en 1993 après des stages de validation. Mon retour autant voulu en raison du décès de ma mère s’est moins bien déroulé que prévu où j’exerçais le métier à mon compte à Douala. Innombrables déconvenues, j’ai entrepris de revenir travailler à Paris où depuis 20 ans je réside. Ville où je réside et travaille désormais en free-lance selon les cas comme Modéliste ou comme première main Haute Couture. Ce qui me mène à exercer avec les maisons de couture réputées françaises et britanniques que sont selon les saisons Dior comme lors de la dernière saison, Chanel, Louis Vuitton, Hermès, St Laurent, Ralph Lauren en France ou Russo à Londres et d’autres. Je collabore également parfois avec José Esam grand talentueux créateur africain qui a incontestablement fait ses preuves sur la place Parisienne et ailleurs.

G.M. : Comment sont élaborées, dirigées puis finalisées les collections de haute-couture ? Comment sont choisis les lieux des défilés correspondants et comment est déterminé l’ordre de déploiement des créations présentées dans le cadre de ces collections différentes à chaque fois ?            

R.B. : Les lieux des collections sont répertoriés en début de confection et définitivement déterminés ensuite par le directeur artistique de ces maisons de couture en collaboration avec ses adjoints et autres membres du board. Détermination du lieu basée sur le thème du défilé et sur la collection à présenter ainsi que sur les effets et décor recherchés.

 G.M. : Un grand couturier français a dit il y a quelques années que la mode s’inspirait de la rue. Qu’en pensez-vous personnellement ? Et si oui cette inspiration est-elle exclusivement issue de la rue et pas ailleurs alors que créativité a sans cesse renouveler dans ce domaine particulier, elle pourrait se trouver dans l’art par exemple ? Exposez-nous votre position sur cette question d’inspiration.    

R.B. :L’inspiration peut effectivement venir de la rue mais d’ailleurs aussi. Des thèmes relatifs à la vie, à la nature d’autres éléments qui nous régissent et entourent. La mode s’inspire également de nos rêves, de nos fantasmes, de nos erreurs, d’un continent. Inspiration qui est issue de partout selon le moment et des périodes que l’on traverse. Périodes présentes, passées et antiques. Voilà ce que je pense de l’inspiration.

G.M. : Matières souples, matières rudes, matières métalliques et même matières végétales, mousseline, taffetas, crêpe, soie, quelle est Rose Bombo la matière de prédilection que vous aimez travailler aussi bien en atelier de confection des grandes maisons de couture où vous intervenez que dans votre atelier individuel parisien apprécié de votre clientèle privée ou de celui individuel également de Londres où vous résidez partiellement ? Pourquoi cette matière précise et dans quel courant de mode vous répertoriez-vous ?    

R.B. : La matière avec laquelle j’aime le plus travailler est la Soie Sauvage dans  mon atelier personnel de Paris. Par contre en maisons de Couture parisiennes notamment, c’est la mousseline. A Londres c’est plutôt les broderies sur du tulle que j’affectionne de confectionner. Évidemment travailler sur ces différentes matières ne dépend pas de moi mais des directeurs des collections sur lesquelles je suis conviée à participer en qualité de Petite main. Je m’adapte au cahier de charges des différentes collections selon les instructions de Haute couture qui me sont données. Instructions et matières qui portent soit sur robes de soir ou sur  robes de cocktails. Matières qui varient des saisons.

G.M. : Avec des créateurs reconnus tels que Imane AYISSI, Lamine Badian Kouyate de la marque Xuly-Bet acclamé lors de fashion week de New York en 2016 ou Jose Essam ovationné lors de la présentation à Paris de sa dernière collection, l’Afrique  semble ne plus vouloir se contenter du rôle mineur d’inspirer le stylisme occidental. Fashion week de Johannesburg, Fashion week Africa de Paris, Fashion week de  Dakar, comment le monde de la mode perçoit-il la percée incontestable de la couture africaine qui manifestement entend s’imposer au sein d’un univers autant feutré que concurrentiel ? La multitude de ces grands-messes du stylisme africain est-elle réellement judicieuse pour pouvoir entrer dans le cercle des grandes nations de la mode où trônent l’Italie avec Milan et la France avec Paris ?

R.B. : Le monde de la mode comme le monde tout court a les yeux rivés sur l’Afrique. Monde conscient que l’avenir est l’Afrique, relever de plus en plus de créations kemites ou des créateurs africains présents lors des grands messes de villes symboliques de la mode comme récemment à Paris Iman Ayissi, cette assise africaine au sein de l’univers mondial de la mode est parfaitement accueillie et acceptée désormais. Pour preuve, d’innombrables maisons de couture européennes et d’ailleurs collaborent  avec les designers africains. Ce, en plus du fait que création de l’esprit et talents reconnus il y a de la place pour toutes les influences et tendances.

G.M. : Les professionnels locaux des différents corps de métier de la couture du continent Africain plus que parfois n’offrent pas réellement qualité et finitions de ce qu’ils où elles confectionnent. Comment Madame Bombo remédier à cette problématique et comment faire cesser la confusion qui s’y fait du métier de styliste-modéliste probablement à l’origine du manque d’intérêt et de confiance aussi des africains de certains pays pour les vêtements confectionnés sur le continent par ces derniers ?   

R.B. : Le problème africain des métiers de la couture revêt plusieurs aspects qui doivent être améliorés et même bannis en ce qui est de certaines imperfections qui dénaturent la profession. Métier des plus exigeants, la couture est par essence soumise à des règles de confection précises non dérogatoires. Règles qui répondent à une méthode technique de travail que l’on observe et applique peu pour ne pas dire rarement en Afrique. Ce contrairement aux continents très exigeants en matière de minutie tels que l’Europe notamment. Finitions correctement inachevées, patrons mal coupés et autres éléments négatifs semblent être courants malheureusement en Afrique où carence de minutie, de concentration, carence de qualité du travail à fournir, non-respect des exigences en direction du travail soigné qui devrait être et retards de livraison aux clients, sont plus que souvent de mise. Constat regrettable qui commande de mettre un accent sur une formation plus complète de ce métier. Formations continues périodiques qui devraient être mises en place même pour ceux qui exercent cette profession depuis des années et qui parfois ne sont pas forcément passés par un apprentissage en école. Formation continue périodiques pour sans pour autant nier le talent des autodidactes qui s’autoproclament grands stylistes-modélistes ou Maîtres tailleurs sans avoir conscience que le stylisme et le modélisme sont deux métiers distincts de la couture et que l’on ne peut pas être les deux. Comment donc espérez-vous avoir des  vêtements parfaitement coupés et confectionnés si les jeunes formés par ces anciens de la profession qui eux-mêmes n’ont pas à la base reçu efficiente formation technique ? La couture est un métier vaste composé d’une multitude de postes et de responsabilités à niveaux divers. La confection d’un vêtement est une chaîne où chaque poste a un rôle à tenir dans le processus de la coupe du vêtement en passant par l’achèvement des finitions au repassage et à la présentation au client. Chaque stade de confection répond à un technicien précis du métier et sera tenu par soit le styliste ou le modéliste en fonction de leurs responsabilités et importance selon le vêtement projeté. Or en Afrique, confusion est plus que souvent faite entre le styliste et le modéliste qui ont deux rôles totalement différents. Le styliste est celui qui dessine par son inscription et son imagination une collection ou un vêtement requis par un client. Collection ou vêtement qui seront concrétisés et donnés vie à création par le modéliste. Le modéliste étant celui qui chargé de donner forme à la collection ou au vêtement en proposant au styliste des toiles, des prototypes qui seront transformés en patronage et gradés en différentes tailles. Ce n’est qu’après qu’une équipe plus élargie interviendra pour la réalisation du projet qui sera constituée d’un patronnier, d’un coupeur, d’un mécanicien Modèle, d’un finisseur chargé des finitions à faire de manière impeccable et enfin d’un repasseur)

G.M. : Plébiscité par les plus grands Oswald Boateng, créateur des costumes de Charles d’Angleterre, de Leonardo Di Caprio et de plusieurs autres personnalités de premier ordre, ce britannique d’origine ghanéenne est au sommet du huitième art que constitue la haute couture. Autodidacte, est-il encore possible de nos jours d’exceller comme lui sans formation préalable de stylisme ou de modélisme ?

R.B. :Tant que nous n’améliorons pas nos techniques de travail en Afrique, nous ne serons pas compétitifs pour remporter les marchés de confection financièrement avantageux pourtant des  maisons de Haute couture parisiennes et autres qui produisent leurs vêtements de prêt à porter hors de France. Ce alors que ces délocalisations de confection pourraient en Afrique constituer une niche d’emplois. D’innombrables personnes y exerçant le métier ne maîtrisent pas la lecture ou l’interprétation d’une fiche technique et encore moins celles d’un cahier de charges. Malheureusement du fait des carences techniques citées précédemment de nos ateliers, ces délocalisations ne peuvent pas être faites en Afrique.

Oui il est possible d’intégrer avec succès aussi bien le monde de la Haute Couture que celui du prêt à porter sans formation préalable. Le talent est inné. Il faut sans formation être travailleur acharné, avoir un esprit créatif certain, être à l’écoute de l’équipe dont vous vous entourez, être réceptif aux idées et remarques des autres, être humble et empathique. Et bien entendu être détenteur des moyens financiers qui permettent de monter des collections soit en maison de couture ou même en prêt à porter en atelier.

G.M.: Ultime question Madame Bombo et vous remerciant pour cet entretien ruche en enseignement sur ce métier qui est une passion pour vous alors que au début non, toujours en relation avec le Cameroun votre pays d’origine, y avez-vous Madame des projets professionnels propres ou alors en direction de legs de votre science de la couture ?

R.B. : Oui. Je suis depuis toujours en contact avec des professionnels du monde camerounais de la couture. J’ai pour projet d’y implanter une école de formation en plus d’une maison de couture probablement. Je vous remercie en retour pour cette interview.

Propos recueillis par Kinjé MBOUI

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