Edito

Le pouvoir humain

IL s’édifie trop souvent sur le mirage de la statuaire et l'éclat trompeur d’une souveraineté absolue. Le piédestal du puissant n'est jamais sculpté dans le marbre immuable, mais façonné de corps inclinés et de consciences fléchies. C'est dans le miroir de la soumission d'autrui que l'autorité puise sa force factice, oubliant que l'élévation d'un seul homme n'est que la somme des agenouillements qui l'entourent.

Cette dissymétrie sociale engendre une ivresse métaphysique chez celui qui gouverne, lui masquant sa propre finitude. Pourtant, la servitude n'est qu'un équilibre précaire, un grand silence de plomb qui accumule les orages à l'ombre du trône. Que le monarque d'argile garde l'œil ouvert, car l'histoire s'éveille toujours à l'instant précis où la multitude décide enfin de se redresser pour regarder le ciel.

Comprenez donc que l'autorité sans la justice n'est qu'un exil doré suspendu au-dessus d'un abîme de rancœurs. Lorsque les peuples se relèvent, la hauteur de la chute mesure exactement la profondeur du mépris passé. La véritable grandeur d'un chef ne se calcule pas au nombre de fronts qui touchent la poussière devant lui, mais à la quantité d'hommes qu'il a rendus capables de marcher debout.

Alain Boutat

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