IL ETAIT UNE FOIS LA REUNIFICATION

Partagées entre Français et Britanniques après la Première Guerre mondiale, les deux parties du pays ont pu se ressouder grâce à la lutte audacieuse des jeunes élites intellectuelles.

«Le 1er octobre 1961 est un jour historique. Un jour de grand bonheur pour tous les Camerounais. Après quarante-deux ans d’incertitudes et de vicissitudes, des frères, longtemps séparés, qui n’ont jamais cessé de se rechercher, se trouvent enfin réunis… et réunis pour toujours. Le 1er octobre 1961, jour de la renaissance du grand Cameroun, est un jour de gloire immense pour notre pays. » Ainsi parlait Paul Biya lors de la célébration du cinquantenaire de la réunification des deux parties du Cameroun, divisées au lendemain de la défaite allemande à l’issue de la Première Guerre mondiale. En ratifiant le traité de Versailles le 28 juin 1919, l’Allemagne renonce à tous ses droits sur le Cameroun qui est alors partagé par la Société des nations (la SDN, ancêtre de l’ONU) entre la France et la Grande-Bretagne, cette dernière héritant de la partie frontalière avec le Nigeria déjà sous contrôle. Mais déjà, les jeunes intellectuels camerounais, francophones ou anglophones ne rêvent que de reconstituer les pays dans ses frontières avant même l’indépendance.

Les élèves et étudiants camerounais, pour la plupart éparpillés au Nigeria, créent le 27 mars 1940 la Cameroons Youth League (CYL) pour porter leur désir de retrouver leurs frères placés sous tutelle française. En mai 1949, l’évolution de la conscience politique locale est matérialisée par la création, sous l’impulsion du Dr Emmanuel Mbela Lifate Endeley, du premier parti politique, dénommé Cameroons National Federation (CNF), qui milite pour la réunification. Certains lieutenants du Dr Endeley, qui NE le jugent pas assez radical sur cette question, décident de le quitter pour fonder leur propre formation politique. C’est ainsi que R.K. Dibongué et N.N. Mbile, deux dissidents du CNF, fondent le Kamerun United National Congress (KUNC), avec pour objectif la restauration du « grand Kamerun » du temps de l’empire colonial allemand. « Nous voulons que le Cameroun britannique et le Cameroun français se réunissent comme sous le règne de l’Allemagne. D’où l’adoption de l’orthographe allemande Kamerun », indique alors leur manifeste. En 1953, une fusion entre le CNF du Dr. Emmanuel Endeley, et le Kamerun United National Congress des dissidents, va engendrer le Kamerun National Congrès (KNC), qui remportera les élections de 1953, faisant de Endeley le leader du tout premier gouvernement autonome, non annexé au Nigeria. Un référendum est organisé le 11 février 1961 pour départager les « pro » et « anti » rattachement au Nigeria. À l’issue de ce vote, la zone septentrionale se prononce pour le rattachement, tandis que la méridionale (les actuelles régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest) vote pour le rattachement au Cameroun oriental « francophone ».

Un état « un et indivisible »

Dans l’intervalle, le Cameroun francophone a acquis son indépendance le 1er janvier 1960. L’impatience de voir les deux parties du pays à nouveau réunies gagne. Dans la perspective de cette autonomie du versant anglophone, les acteurs politiques des deux Cameroun se rencontrent de manière formelle à Bamenda, Foumban et Yaoundé, en juin, juillet et août 1961 avec, à leur tête, le président du Cameroun francophone, Ahmadou Ahidjo, et le premier Ministre du Cameroun Anglophone, John Ngu Foncha, pour peaufiner les clauses de la réunification. C’est surtout lors de la conférence de Foumban du 17 au 21 juillet 1961, que l’essentiel des modalités de cette opération est arrêté, avec le projet de Constitution. Ce nouveau texte fut adopté par l’Assemblée nationale du Cameroun francophone lors de sa session extraordinaire tenue à Yaoundé du 10 au 14 août 1961 puis par la Chambre des élus du Cameroun méridional sous tutelle britannique. Le 1er septembre 1961, la Constitution de la République fédérale du Cameroun est promulguée. Le 1er octobre de la même année, l’indépendance du Cameroun anglophone est proclamée, et la réunification des deux Cameroun est aussitôt actée. Pour autant, l’élan vers la reconstitution d’un Cameroun « un et indivisible » ne s’arrête pas et dès 1972, un référendum est organisé pour supprimer la forme fédérale et instaurer un État unitaire. Ce sera fait le 20 mai, désormais jour de la fête nationale. Une date qui a le mérite d’annuler tout débat sur la célébration de l’indépendance du Cameroun francophone le 1er janvier, et celle du Cameroun anglophone le 1er octobre !

Par François.BAMBOU

Pour Afrique Magazine

 Publié en novembre 2017

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