ENTRETIEN AVEC FELIX SABAL LECCO

Peux-tu nous dire comment tu as eu envie de jouer de la batterie, et où cela s’est-il passé ?

Tout a commencé au Cameroun, en fait à la base, je suis bassiste.

J’ai joué pendant des années, mais la batterie n’était que secondaire, il n’y a qu’au lycée que je jouais de la batterie avec différents groupes.

De plus, je ne connaissais qu’un seul rythme, et on m’appelé pour faire ce rythme-là, et comme  je le faisais plutôt bien, les gens croyaient que j’étais un vieux batteur professionnel.

Avec ce rythme, j’ai fait presque toute ma carrière au Cameroun, à des tempos différents.

C’est le seul que je connaissais, et je l’ai traduit dans plusieurs morceaux, toujours grâce à la vitesse qui variait, du coup, j’ai joué un peu de partout.

Après ça, Je suis arrivé en France, mais pas en tant que batteur, mais en tant que bassiste.

Cela t’a-t-il permis de partir en tournées, comme bassiste en France, plutôt que comme batteur ?

Absolument, j’ai même fait beaucoup de séances de studio.

Je jouais à l’époque, avec beaucoup de petits groupes pas du tout connus, les groupes étaient tous différents, il y avait du funk, du reggae, du jazz, mais très peu pour le jazz, l’essentiel était le reggae et le funk, et un peu d’Afro beat(FELA).

Comment s’est passée la transition de bassiste à batteur en France ?

Tout repose sur un concours de circonstances, lorsque je jouais avec Manu Dibango en tant que bassiste.

Mon frère Armand, qui lui, est un excellent batteur, jouait aussi avec Manu au même moment que moi. Un jour il a tardé à arriver à la répétition, alors pour ne pas prendre trop de retard, Manu a demandé au guitariste de prendre ma place, pour que je puisse jouer de la batterie en attendant mon frère.

J’ai donc commencé à jouer bien carré, bien droit, je ne me permettais pas de fantaisies, c’était  impossible.

Là-dessus, mon frère Armand est arrivé, mais avec pas mal de retard, du coup on lui a demandé de prendre la basse, en lui disant que je faisais la batterie.

Comme il jouait simplement, il n’a pas fait d’à côté pour ne pas se planter.

Manu a trouvé ça tellement bien, qu’il a décidé, après un concert, de garder la formation comme cela, et ça n’a jamais plus changé.

Tu sais en Afrique il n’est pas rare que les musiciens jouent de plusieurs instruments.

Un exemple, quand tu entends Etienne MBappe jouer de la guitare, tu oublies qu’il est bassiste, et vice-versa.

Quand nous commençons à jouer, nous rentrons dans la peau du batteur, du bassiste, du guitariste, ou du saxophoniste. Du coup, nous avons fait cela naturellement, Manu a aimé notre façon de jouer sans fioritures, même si c’est arrivé après (rires), mais tout fonctionnait très bien, et nous sommes restés ensemble tout de même 13 ans.

Peux-tu nous raconter l’organisation d’une tournée, avec des artistes comme Sting, Peter Gabriel etc….. Comment tu es contacté,  comment tu travailles avant de retrouver le reste des musiciens ?

Au départ ils m’appellent, certains le font d’eux-mêmes, d’autres me font appeler par leur manager.

Par exemple, pour Peter Gabriel ou Prince, c’est eux qui m’ont contacté directement.

Et je ne sais pas pourquoi, mais je suis toujours surpris quand on m’appelle, tout comme je l’ai été quand tu m’as appelé pour faire cette interview.

On m’appelle directement parce que je n’ai pas d’agent, tu sais, le bouche à oreille fonctionne très bien de ce côté-là. Ensuite  ils me demandent si je suis disponible pour tel ou tel projet. Si c’est le cas, ils m’envoient les CD pour travailler, je fais toujours un premier travail individuel.

Plus tard je reçois mon billet d’avion (ou de train) pour mes déplacements, et lorsque nous nous retrouvons avec tous les musiciens, il y a impérativement au moins une répétition avant de partir en tournée.

Parfois la tournée a déjà commencé, alors la répétition peut se passer en Angleterre, aux Etats Unis, ou en Australie.Il est arrivé que je rejoigne une tournée en Australie, nous avons répété pendant 15 jours, puis nous sommes partis dans la foulée.

La plupart du temps, nous ne faisons que des filages, car je suis censé connaître les morceaux.

Tu prends des notes ou fais-tu tout de mémoire ?

Je ne me sers pas de partition, car je n’ai jamais appris à lire la musique, j’aimerai bien savoir le faire ceci dit ! Je sais que c’est bien de lire, mais si tu peux travailler sans lire, tant mieux pour toi.

Les gens me disent toujours que c’est impossible, ils me demandent aussi comment je fais, Ils disent que ça me pénalise, et que je ne peux pas travailler au Etats-Unis, avec de grands musiciens. Alors je leur réponds que ça ne m’empêche pas de travailler aux Etats-Unis justement, et avec de grands musiciens.

A mon tour, je leur demande comment ont fait  Stevie Wonder ou Ray Charles, puisque aucun des deux, ne pouvait lire une partition.

Peux-tu nous parler de ta rencontre avec Prince ?

Je suis allé jouer à Minneapolis avec Manu Dibango, dans une boite qui s’appelait à l’époque  « First Avenue ».

Alors que  nous passions justement devant cette boite, le chauffeur du tour bus nous dit qu’il y a Prince à l’intérieur, car sa limousine était garée juste devant. Alors, avec mon frère, nous avons décidé de ne pas perdre de temps arrivés à l’hôtel, nous avons posé nos bagages, puis avons filé directement à la boite, qui était à 500 mètres de l’hôtel, pour rencontrer Prince

Quand nous sommes arrivés, il était effectivement là.

Nous nous sommes fait connaître, en précisant que nous allions jouer ici le lendemain avec Manu Dibango et avons manifesté notre envie de jammer avec les musiciens qui étaient là, sur ces paroles on nous a répondu ; »Yeah soul Makossa  » Ils nous ont donné les instruments, on a commencé à jouer,  apparemment ils ont aimé.

Alors que mon frère et moi faisions des rythmique africaines, Prince est monté sur scène et de là, nous avons jammé ensemble.

A la fin, Prince nous a demandé nos coordonnées, mais il est resté des années sans même nous téléphoner.

Puis un jour, le téléphone a sonné, c’était Prince lui-même qui nous sollicitait. Wahou

C’est souvent de cette manière que j’ai rencontré plusieurs artistes.

Batteur pour toujours ?

Je ne veux plus être, seulement qu’un batteur qui joue quelque part. Honnêtement, j’en ai marre de jouer pour les autres, je ne crache pas dans la soupe, loin de là, car c’est ce qui m’a fait connaître qui me donne du crédit, mais en même temps, je n’ai jamais rien réalisé sous mon nom, mes idées et mon énergie ont toujours été 100% pour les artistes avec qui je travaille.Je pense que maintenant, c’est le moment de faire quelque chose, qui m’appartienne vraiment.

Je suis aussi chanteur, même si je continue à être batteur, et je chante beaucoup dans les pays comme la Russie. C’est vrai que c’est un peu particulier, car ce sont des milliardaires Russes qui m’invitent pour chanter. J’ai aussi chanté aussi à New-York au « First Tuesday », à Miami et San Francisco, ainsi qu’à Monaco et dans le sud de la France.

Avant, je faisais beaucoup de batterie, et que de la batterie. Maintenant je partage mon activité en 3 : il y a la comédie, le chant et la batterie. Je cherche toujours à développer ce côté show man, être devant un micro,  jouer de la batterie, raconter des choses, tout comme le faisait Nat King Cole à l’époque, il chantait, avait une chaîne de télévision, racontait des anecdotes, c’est vraiment ce que je veux faire aujourd’hui. Je travaille beaucoup pour ça.

Beaucoup de gens me disent,  » Tu ne joues plus de la batterie, c’est dommage » et je leur dis que ce n’est pas dommage, je suis un artiste musicien qui s’exprime par le biais de la batterie, et demain je m’exprimerais d’une autre façon. Il y a tant de choses qui permettent cela.

Prenons l’exemple de Phil Collins, avant il était batteur, et aujourd’hui il est devenu celui que nous connaissons tous.

As-tu un conseil à donner aux plus jeunes, et aux autres ?

Pour les plus jeunes,  ouvrez- vous à un maximum de styles, ne vous spécialisez pas dans un style en particulier, si vous voulez jouer de la batterie, ne vous enfermez pas dans du rock, du jazz, du funk ou d’autres musiques, mais jouez d’abord de la batterie de façon générale, et après vous pourrez vous spécialiser.

Ecoutez un maximum de musique, beaucoup, beaucoup de musiques. Mais sachez aussi écouter les gens, avec qui vous jouez. Avant de vous écouter jouer, écoutez ce qui se passe autour de vous.

Même si vous n’avez pas un super niveau, écoutez comment les autres jouent, et adaptez-vous aux autres. Une fois que vous vous serez adaptés, les gens verront que c’est vous qui tenez la maison, et ils viendront vers vous, et se reposeront sur vous. Si vous faites l’inverse, et que vous imposez vos choix, tout sera inversé, les autres ne viendront pas vers vous.

Suivez d’abord le bassiste, après le chanteur, le guitariste, mettez-vous derrière, et gardez la ligne, prenez l’autoroute, et vous verrez que les voitures se mettront derrière vous, dans l’aspiration.

C’est comme ça, que vous garderez la maison.

Quand vous vous rendez quelque part, vous  n’y allez pas en tapant des pieds, quand vous entrez dans une maison, vous ne faites pas de bruit, vous ne tapez pas des pieds, vous ne jetez pas vos affaires sur une chaise ou ailleurs, vous y entrez doucement.

Mais si on vous invite, vous entrez, vous vous asseyez sur le canapé, et là tout le monde vous écoutera parler.Si vous entrez quelque part, et que vous faites tout tomber, lorsque vous serez assis sur le canapé, personne ne vous écoutera.

Cela nous ramène toujours et encore à l’humilité et le respect des autres, c’est très important.

Quand je dis « les autres », c’est le public et les musiciens avec qui je joue, la musique que je joue.

Chacune des parties méritent tout mon respect, en tant que musicien.

 

Propos recueillis le lundi 15 octobre 2012 par Franck Cascalès

Notebleuemusique.com

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