AMOURETTES DES SEVENTIES…

Nous sommes en cinquième année des seventies. Je découvre pour la première fois un autre monde plus fou, plus gai, très effronté et libertaire. L’amphi 700 m’accueille sans filtre, me façonne et me met devant mes responsabilités. Tous les professeurs qui s’y aventurent sont souvent chahutés, insultés. Impassibles, stoïques, ils dispensent leurs cours dans ce tohu-bohu juvénile en attendant impatiemment les jours dits pour sanctionner sans états d’âme tous ces bruiteurs d’un autre genre. Il est recommandé de m’auto-discipliner. Personne ne lèvera le petit doigt pour mettre entre deux garde-fous. Malgré le vent de dictature du grand Timonier qui souffle sans cesse dans les quatre coins du pays, malgré la présence très discrète des indics en quête d’informations subversives, la bouillante jeunesse estudiantine vit sa liberté d’aller et venir et de brûler le temps. La libido en pleine essence est incontrôlable. Des idylles naissent  le matin, meurent le soir sans raison. Souvent ce sont des passades.

Un soir, sous un ciel très haut rempli de lucioles où la lune est pleine et heureuse, un air doux, langoureux, frivole et caressant, après de longs voyages  à travers les continents, atterrit avec finesse dans mes conduits auditifs et les charme agréablement. Je n’ai jamais rencontré ce genre de mélodie depuis ma naissance dans les bonnes grâces de LÀ-BAS qui, peut-être ne me verra plus jamais.

Un certain James F habite au rez-de-chaussée du pavillon D de la Cite Universitaire, dont la boule porte un énorme afro touffu qui lui signe le look des grands activistes noirs américains des sixties et des seventies chaudes, brûlantes et saignantes. Frêle, toujours dans le vent, James F. a un visage un peu boutonneux mais élégant sur un corps  de hippy de Woodstock où jadis Jimmy Hendrix fut enfin reconnu comme l’un des plus grands guitaristes du monde. C’est de sa chambre que sort cette mélodie pour voyager dans toute la cité et faire un clin d’œil à tous les néo-amoureux de la nouvelle vague.

Ceux qui comme moi le « Banguissois » souhaitent  lancer un tant soit peu une petite fatwa  idyllique, doivent d’abord jouir des humeurs heureuses de James F. Là, on pourrait être invité  dans son cagibi à écouter ces mélodies venues des horizons lointains. Le beau ténébreux  étudiant  shakespearien en deuxième année de licence me prend en sympathie  et me permet de découvrir de près  Donna Hightower et son hit ” This World today is a mess”.

Jusqu’aujourd’hui je cherche la petite Anne -Olive dont la dégaine à la cheyenne m’envoûta et me jeta dans ses bras que je quittais deux mois plus tard.

Ann-Olive  était la « Tchiza » d’un jeune professeur agrégé qui était physionomiste, violent et très rancunier. Un vent courait que c’était lui qui la mettait à ses aises. Il avait même failli divorcer d’avec son épouse pour les fameuses courbes féminines de cette vamp dont les racines se trouvaient dans une forêt giboyeuse où naquit et vécut le grand nationaliste trahi et assassiné par les grandes Oreilles et longs Nez de la Gaule.

Qu’est devenue cette Vénus ? Pourrai-je la reconnaître au bout d’une rue grouillante ou calme ? Ou au sommet d’une colline qui porte fièrement de beaux arbres, foyers de ces chanteurs têtus et piailleurs ?

Ann-Olive était mon véritable premier amour bien que ce dernier fût éphémère. Je savais danser le slow ?  Non ! Maîtrisais-je les pas, les fantaisies de rock’n’roll du sec Chuck Berry ? Non ! Et le funk alors ? Mon Dieu ! Je  dansais à contre-rythme. Grâce à elle j’ai su danser le Slow et le Funk. Mais la chuckberrienne alors !!! Je faisais seulement des cabrioles. Pour ça, j’étais vraiment un « mougou », un « mboutman ».

Cette nymphe d’un noir ciré, discrètement un peu dodue et cambrée, dont la bouche était souvent soulignée de mauve était un breuvage délicieux.

Et elle me fit homme pour la seconde fois. Je la cherche et voudrais savoir ce qu’elle est devenue depuis ce temps-là.

Tiens ! Tiens ! Tiens !  Qu’est devenue ma camarade Nina-Lucie de  5e B qui m’obligeait à apprendre les verbes irréguliers d’anglais de «  The Wilsons Family » pour une, deux bises ou quelque quatre biscuits ” « Petit Beurre »? Je faisais tout pour gagner  la petite gourmandise. Car les bises ne m’intéressaient pas. Elle et moi, tous petits, nous vécûmes une idylle platonique arrosée de petites jalousies tantôt gaies tantôt sombres et parfois innocentes. Mais surtout gourmandes .Je la cherche aussi.

Pourquoi es-tu si dubitatif ? Toi qui me lis là. C’est quoi avec toi ?

Donc mes deux âmes-là sont introuvables ????

 

Calvin OUANDJI le Fils d’Emilienne.

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