Aura-t-on encore des emballages en 2030 ?

A l’heure de l’économie circulaire, de la lutte politique contre les produits à usage unique et de l’économie de la frugalité, on peut s’interroger sur l’avenir de ces emballages qui remplissent tant notre quotidien que notre poubelle jaune. Eh bien oui, je pense que contrairement aux idées reçues, nous aurons encore des emballages en 2030 et qu’il s’agit d’une bonne nouvelle pour l’économie, la société et l’environnement.

On oublie trop souvent que l’emballage a été inventé pour mieux conserver des produits périssables et les transporter. C’est toujours vrai ! Dans les pays qui utilisent peu les emballages et la chaîne du froid, la FAO estime que 40% des pertes alimentaire se font entre la production et la consommation du produit. En France, les emballages permettent de réduire les pertes de 40% à 14%. C’est là le rôle essentiel de l’emballage, quand on sait que nous gaspillons encore le chiffre choquant de 10 millions de tonnes de nourriture chaque année dans notre pays.

Et rappelons qu’au-delà de l’aspect sociétal inacceptable du gaspillage, la perte de produit a un fort impact environnemental car il a fallu produire, transformer, transporter ou encore conserver au frais un produit qui finit à la poubelle. Sachant que l’emballage représente 10% de l’empreinte environnementale du couple produit/emballage en moyenne, la protection du produit et le bon vidage de l’emballage sont les mesures d’écoconception les plus fortes.

Alors, vous nous dites qu’on aura toujours plus d’emballages ?

On consomme tous des emballages, du coup l’évolution de la population semble un facteur clé pour répondre à cette question. L’Insee estime qu’entre 2017 et 2030, nous passerons de 67,1 à 67,2 millions d’habitants en France. Pas de croissance démographique : il nous reste à regarder la consommation des ménages pour essayer de prédire l’évolution des quantités d’emballages.

Et contrairement aux idées reçues, on consomme de moins en moins d’emballages par tête ! On constate même depuis le début du siècle une baisse de 1% par an des emballages par habitant alors que la population et la consommation ont augmenté. Cela s’explique par différents phénomènes : la baisse du poids des emballages par les industriels, la croissance du vrac et des Amap, le retour en force des marchés et du fait maison…

Les signaux sont tous au vert pour que cette tendance se poursuive et s’amplifie. Dans les exemples récents, on peut citer les initiatives de Loop et de Jean Bouteille qui visent à redonner ses lettres de noblesse au réemploi des emballages afin d’éviter de produire des déchets le plus longtemps possible. Et contrairement aux idées reçues sur la consigne pour réemploi, ces initiatives ont du sens car elles sont locales, limitant les transports de bouteilles vides sur de grandes distances. Le réemploi va continuer à se développer, c’est une bonne nouvelle, passant de moins de 0,01% de notre consommation à une part que j’estime comprise entre 1 et 5% en 2030.

La suppression d’emballages jugés “inutiles” va également s’accélérer, avec la réglementation européenne comme française (directive SUP, loi PACTE…) mais c’est avant tout les entreprises qui seront moteurs de cette transformation. On a tous été surpris par la quantité de fruits et légumes emballés dans les rayons bio des supermarchés, mais très peu de personnes connaissent les contraintes que rencontrent les distributeurs pour s’en passer et rester “bio” au regard des règles de cette filière. De nombreuses initiatives sont en cours et la signature du PACTE en France fin février va accélérer le changement.

Et ces emballages, seront-ils recyclables ?

Encore une fois, les initiatives des entreprises convergent avec la volonté des dirigeants politiques et les attentes des consommateurs. Oui, on va tendre vers 100% d’emballages recyclables en 2030. Adieu PVC, noir non triable et autres canettes mélangeant plastique et métal !

On ne part pas de zéro mais le chemin n’en reste pas moins compliqué. Comment emballer des médicaments sensibles sans associer PVC et aluminium ? Comment cuire des betteraves sous vide sans nylon ? Comment avoir un coffret de maquillage, sans miroir pour se voir, sans charnière pour protéger les poudres, sans un plastique technique (ABS) pour faire le boitier ? Comment remplir un gobelet en carton de liquide sans plastique ou paraffine pour l’étanchéité ? Autant d’innovations que nous allons connaître dans les prochaines années : si vous avez des idées, on vous invite volontiers à rejoindre le monde de l’emballage du 21ème siècle.

Mais l’écoconception ne résoudra pas tous les problèmes ! Il faut aussi innover dans les technologies de tri (intelligence artificielle, watermarks, généralisation du tri par chaleur sur les cartons…) et de recyclage (délamination, désencrage, retour à l’état de molécule pour le plastique…) pour atteindre l’objectif collectif. C’est un travail de tous les maillons de la chaîne de valeur et je vous propose de revenir sur ces innovations dans un futur article.

Enfin, non en 2030 les emballages ne seront ni comestibles, ni magiquement assimilables par la nature. Certes, les emballages compostables (qu’on soit bien d’accord, dans un compost industriel ou à domicile, pas dans la nature) auront gagné quelques parts de marché mais leur utilisation restera limitée à quelques produits où ils apportent de la valeur ajoutée en fin de vie, avec une logique contenant/contenu évidente. C’est l’exemple des sacs pour les fruits et légumes que l’on utilise pour mettre ses épluchures, déjà dans le droit français.

2030, c’est après-demain et les emballages ont une longue et belle route à parcourir, avec beaucoup d’innovations attendues et une volonté collective d’inventer l’emballage du 21e siècle. Tous les signaux sont au vert et les initiatives se multiplient, la marche a commencé.

Vincent Colard

Ingénieur éco-conception chez CITEO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *