BLAGUES DE MAUVAIS GOÛT À LA COVID-19

Dans des circonstances alarmantes d’épidémie vertigineuse, des supputations mensongères vont allègrement à une allure étouffante, inondent régulièrement la toile internet d’immondices invraisemblables et finissent progressivement par réveiller les doctrines les plus sceptiques sur les facultés discursives de l’esprit.

Dans ce contexte contrarié par l’absence de thérapies crédibles, des mutants d’échappement immunitaire sont venus alourdir la contagiosité du coronavirus impénitent. Ils se reproduisent plus que jamais de manière prolifique, imposant une riposte par des moyens croissants de vaccination et de dépistage. Aussi les tests agréés sont-ils décisifs dans la prévention et le combat engagés contre le SARS-CoV-2.

BADINAGES RÉPÉTITIFS

Pendant ce temps brumeux et inquiétant des malheurs dépourvus d’accalmie, des vidéographies virales abondent dans les réseaux sociaux. Certaines semblent cocasses, mais d’autres poussent le bouchon un peu loin au risque de devenir néfastes aux politiques de santé publique. C’est notamment le cas des badinages répétitifs qui monopolisent actuellement l’attention médiatique sur les tests antigéniques.

En réalité, un test antigénique permet de savoir diligemment si une personne est contaminée à la terrible Covid-19. Il s’effectue invariablement aujourd’hui par un prélèvement de matière à l’aide d’un écouvillon introduit dans les narines jusqu’au nasopharynx, réputé favorable à la détection d’une présence d’antigènes.

À l’inverse du test d’amplification des acides nucléiques (PCR), qui réagit au code génétique du virus (ARN), et du test sérologique, qui s’intéresse aux immunoglobulines G (IgG), le test antigénique est plutôt focalisé sur les protéines structurelles du fastidieux micro-organisme pathogène (protéine Spike, protéine de la nucléocapside).

Dans une étude du Centre Unisanté de Lausanne, réalisée en octobre 2020 sur 380 personnes présentant certains symptômes de la Covid-19, la comparaison des performances du test PCR et du test antigénique révèle respectivement 26% et 22% de cas positifs. L’écart global de sensibilité entre les deux tests ne semble donc pas excessif.

TRAQUE D’ANTIGÈNES

La technique immuno-chromatographique courante repose sur la traque d’antigènes dans l’échantillon de la matière analysée. Si cette technique n’est pas appliquée sous la forme d’un prélèvement nasopharyngé, en respectant des conditions spécifiques (frottis, pH, température, tampon, etc.), les résultats obtenus ne prouvent absolument rien !

Par surcroît, l’acidité des denrées alimentaires, à l’instar du Coca-Cola utilisé pour démontrer l’inefficacité du test antigénique dans les réseaux sociaux, abîme simplement le matériel de détection. Quelle sorte de colle graillonnante voudrait-on alors remuer dans la reconnaissance des épitopes d’antigènes par les paratopes d’anticorps ?

La pertinence de telles balourdises ne saurait guère convaincre les observateurs avisés, en raison non seulement de la fumisterie et de la galéjade qu’elles représentent, mais également des nombreux biais de confusion des phénomènes observés, de sélection des échantillons considérés et d’investigation des facteurs d’exposition mesurés.

En retrait par rapport à toute blague complotiste de mauvais goût, faudrait-il conclure que ce type d’examens rapides serait à 100% incontestable ? Nullement. Il peut y avoir occurrence marginale de faux négatifs ou de faux positifs, mais le prélèvement nasopharyngé doit être irréprochable pour poser un diagnostic significativement fiable !

 

Par le Pr Alain BOUTAT

 Epidémiologiste, Economiste, et Politologue

Lausanne

MEDIAPART – PARIS

MER. 27 JANV. 2021

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