COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS : LE TOURNANT DÉCISIF DU TOURNOI

La prochaine Coupe d’Afrique des nations de football (CAN) aura bien lieu au Cameroun, pour la deuxième fois, du 9 janvier 2022 au 6 février 2022, cinquante ans après l’édition de 1972. Au gré de multiples supputations et tintamarres autour de l’achèvement des stades, des lueurs d’éclaircie paraissent poindre à l’horizon.

Nonobstant, d’autres rumeurs persistantes circulent sur le financement incertain d’infrastructures routières et annexes, dans un contexte où d’énormes efforts ont pourtant été déployés pour relever le défi organisationnel du tournoi, presque trois ans après la date initialement prévue. Dans l’hypothèse où de telles rumeurs se révèleraient fondées, ce serait comme pisser dans un tamtam pour tomber de Charybde en Scylla !

COUVERTURE DES DÉPENSES

Selon le quotidien « Mutations », plutôt d’humeur querelleuse et sévère à l’égard du régime de Yaoundé, la CAN 2021 « aura été un gouffre financier pour le pays et aura fait saigner le contribuable, le tout dans une grande opacité ». En tout cas, à la faveur des récentes visites de la Confédération africaine de football (CAF), les stades répartis dans plusieurs régions semblent aujourd’hui prêts pour l’ouverture de la compétition.

Dans le cadre du financement d’une telle compétition, la couverture des dépenses est en principe assurée, soit par des avoirs non exigibles, soit par des dettes contractées auprès de tiers, soit encore par une combinaison appropriée de ces deux modes de financement. Le choix de l’une ou l’autre option repose sur la mise en parallèle des variantes à l’aune fine de la situation financière et du potentiel économique en présence.

Comme le Cameroun semble désormais vivre à la petite semaine, en raison notamment de l’impact sur la trésorerie publique des conflits armés dans les deux régions anglophones et dans le Nord du pays, le ministère des finances a été autorisé à recourir à des emprunts additionnels, y compris pour pouvoir supporter certains « coûts ordinaires de fonctionnement » de la prestigieuse fête africaine du football.

« Qui paie tout ça ? », s’interrogent ceux qui n’en connaissent pas un rayon. Pour l’essentiel des emplois de fonds prévus, les recettes sont principalement constituées des prélèvements financiers de la fiscalité et de l’exportation des matières premières. Ces ressources ont sans doute été planifiées et étalées sur des dizaines d’exercices, vraisemblablement dès la mi-année des joutes footballistiques annoncées.

CONDITIONS RESPONSABILISANTES

À tort ou à raison, l’État et ses partenaires ont ainsi dû imposer à plusieurs générations de camerounais la répartition à long terme des dépenses immédiates d’investissement, de préparation du tournoi et d’exploitation des infrastructures sportives, en contrepartie des inconvénients et des avantages attendus dans le temps. Ne décide-t-on pas judicieusement que par comparaison des effets probables de tout projet ?

De manière générale, le budget d’une organisation n’est rien d’autre qu’un ensemble d’objectifs et de moyens périodiques (ressources, emplois), exprimés en valeurs monétaires et destinés à la réalisation d’un programme d’activités prédéfinies. La mise en œuvre effective de ce programme nécessite des capitaux rares, souvent inscrits dans un plan pluriannuel, qui ne sauraient être apportés gracieusement par quelque fortune altruiste, donatrice ou philanthropique. En l’occurrence, ce sont finalement les Camerounais qui, autant que faire se peut, devront passer à la caisse !

Dans de telles conditions exigeantes et responsabilisantes, il y a lieu d’éviter, les doigts dans le nez, de connaître mouches en lait et de redouter, dans ce Triangle des tumultes qui a déjà fait couler beaucoup d’encre diversement colorée, la boîte de Pandore que représenterait un alourdissement incontrôlé de la facture terminale par des détournements massifs de fonds et des prévarications élitaires dans tous les azimuts.

En effet, avec la CAN 2021, le pays hôte vise son sixième trophée continental, devant un public sensible aux soupçons des déprédations commises dans l’administration des budgets successifs et des marchés sélectifs. Sachant que la défaite des Lions indomptables finirait par retourner le fer dans la plaie, seule leur victoire serait censée calmer la fureur populaire contre les auteurs présumés de ces indignes malversations !

 

Par le Professeur Alain Boutat

MEDIAPART – PARIS

LUN. 18 OCT. 2021

Épidémiologiste,

Économiste et Politologue

Lausanne

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