ENTRETIEN AVEC NADINE NKENGUE : Ecrivaine

Glance Magazine : Nadine NKENGUE , vous revenez du FILIGA, pouvez- vous nous en dire plus, et que représente l’écriture, pour vous?

Nadine NKENGUE : le FILIGA,  « Festival  International du Livre du Gabon », s’est tenu dans le musée national de la ville de Libreville, du 25 au 27 Mai 2022.

 Cette première édition  a été un coup de maître, occasion pour nous de saluer  ici son promoteur, l’écrivain gabonais Rosny Lesage SOUAGA et toute sa dynamique équipe

Ce fût une expérience  très enrichissante  autant sur le plan professionnel- l’écriture- que sur l’aspect purement humain. Le Gabon est tout à  côté de chez moi  mais je n’y avais jamais été auparavant.  J’y ai fait la rencontre de personnes  merveilleuses et avenantes. Maintenant  en ce qui concerne l’objet du voyage en soi  c’est  un extraordinaire  rendez-vous  du donner et du recevoir. Je voudrais vous dire que plusieurs  pays de la Mère Afrique et d’ailleurs y ont participé. On n’invite pas des pays de la planète entière  pour des broutilles. Ce forum  est une plateforme nécessaire surtout pour les pays comme les nôtres  encore fragiles dans ce contexte de mondialisation  dans lequel  la culture n’est pas en reste. J’y ai donc eu l’occasion  de rendre plus visibles mes œuvres : mon roman, «  Une vie d’étudiant » qui a véritablement révélé mon âme d’écrivaine, et les autres, « A fleur de peau » (mélodies, des recueils de poésies…). Je me suis produite devant un public qui n’est pas celui auquel je suis coutumière … Cette expérience fut vraiment enrichissante.

G.M. : Pensez- vous qu’au regard de la conjoncture (réseaux sociaux exubérants, prix du livre, etc…)Le livre fait encore recette dans notre contexte?

N.N. : L’écriture  c’est plusieurs  choses à la fois parfois antinomiques. C’est une intrusion  dans la société, c’est l’écoute, c’est l’observation bref c’est  ma présence dans la société. Pourtant l’écriture c’est aussi une évasion, un rêve, imaginer des choses, se projeter vers le ” meilleur ” se défaire du réel. Mais j’arrive à trouver le juste équilibre entre ces deux forces  l’intrusion et l’évasion. Écrire c’est chanter. Ecrire c’est danser. Ecrire c’est lire. Ecrire c’est magnifier Ecrire  c’est aussi dénoncer. Ecrire c’est parfois pleurer. Ecrire c’est donc tout cela.

Il est vrai qu’à première vue on peut noter un certain désintérêt par rapport au livre. Lire une  œuvre structurée  demande une attention certaine,  une disposition d’esprit particulière  une disponibilité aussi …On préfère se tourner vers le “fast-read ”  dépêches, réseaux sociaux d’une part. D’autre part pour le niveau du Camerounais moyen le livre coûte encore cher. C’est donc perçu  comme un produit de luxe. Toutefois  la réalité  est moins négative que cela, au contraire et je vais vous surprendre en vous révélant qu’il y a encore de très  nombreux  férus et amoureux de lecture, la vraie et très souvent là où  on ne les attend pas toujours. 

À la vérité, contrairement aux idées reçues, il y a une âme d’écrivain en chacun de nous. Aussi bien dans la haute administration (l’ancien Préfet Étienne Yanou : « l’homme -Dieu  de Bisso »), ou l’ancien ministre  Congolais Henry Djombo, très bon poète, écrivain, et grand ami du Cameroun, dont la production littéraire n’est plus à présenter, que dans les cours de récréation ( les 2 soeurs  Ntjam, Anne Catherine et Marie , des collégiennes),avec « Le Destin de Rosa » ‘et ma culture, mon Cameroun uni’…par exemple,

Dans les casernes des Forces de Défense et de Sécurité. Les membres des FDS ont été  très nombreux à participer  au festival  du livre. Achetant, mais aussi publiant, de multiples œuvres. On y trouve des écrivains, des poètes  des critiques littéraires, encouragés  par leur hiérarchie, par l’organisation de divers concours littéraires et artistiques.

D’ailleurs, à ce sujet, un très bel ouvrage, « Chants de Ralliement », commis par un officier de la  marine, Ngah Ndzana Muriel). Lui qui est actuellement au front afin que nous autres puissions vaquer à nos occupations en toute sécurité.

Tout Ceci pour dire que  la littérature  a encore la côte  dans notre pays  .IL faudrait tout simplement  la rendre plus visible.

G.M. : Quelles * suggestions  pouvez-vous faire aux pouvoirs publics en l’occurrence dans le sens d’encourager les auteurs que vous êtes et, par tant les lecteurs?

N.N. : Toute civilisation qui a émergé de façon exponentielle le doit aussi et surtout à la connaissance des penseurs. Ceux-là que l’on taxe parfois de rêveurs. Et qui ont cru mordicus à leurs « utopies ».C’est dans les livres, qu’il y a la connaissance.

Il faudrait vraiment implémenter une réelle politique de facilitation de la mise en lumière du livre.

Les Pouvoirs publics se doivent de subventionner  l’industrie du livre afin de faciliter  l’accès aux  éditeurs. Cela va donc libérer l’inspiration.

Il faudrait d’avantage autant que faire se peut aider  la promotion du livre camerounais en l’inscrivant  davantage dans les programmes scolaires.

Organiser davantage  d’ateliers, des   rencontres, des concours primés  sur le modèle des Goncourt d’ailleurs ou venir en soutien aux initiatives qui existent déjà de la  part de petites associations  comme la nôtre, « l’Association des Fous du Livre » qui est à portée de main de maître ( sse) par la fougue, la passion ,de la promotrice

Vous conviendrez avec moi  que toutes ces  formes d’initiatives individuelles, si elles étaient vraiment encadrées par une feuille de route institutionnelle « facilitatrice », elles survivraient  davantage à la personne de leur porteuse.

Cela implique donc une synergie interministérielle  partant du Ministère du Commerce  aux Ministères de l’Education de Base, des Enseignements Secondaires, des Enseignements Supérieurs  en passant par les Finances et des  Arts et de la Culture.

Synergie à laquelle on pourrait également associer le mécénat .La Renaissance artistique du 15e Siècle a été essentiellement soutenue par les grands mécènes de l’époque. Pourquoi ne pas essayer de faire pareil avec le livre chez nous?

Valoriser, Revaloriser le Livre, serait aussi un moyen de détourner la jeunesse des autres voies aussi aguichantes que trompeuses qui pullulent par ces temps

  1. M. : À quand votre prochain ouvrage?

N.N. : La dédicace de mon prochain aura lieu- Dieu voulant- lors du Festival des Fous du Livre, dont la 3e édition se tiendra, ici même à Yaoundé du 07 au 10 Décembre

À cette occasion, 21 pays sont attendus.  Tous atteints de la même folie

Que n’est-elle pas plaisante, cette Folie particulière.

Je vous souhaite  d’en être atteint…

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