LA RESTITUTION DE VINGT-SIX OEUVRES D’ART AU BENIN PAR LE MUSEE DU QUAI BRANLY. QUELLE LECTURE ?

Assurément cet épisode étale une fois encore aux yeux du monde ce que fût en réalité la colonisation. Il ne s’agit ni d’un procès d’intention  ni  d’une condamnation à la repentance perpétuelle. il s’agit d’analyser et de comprendre des faits.

Alors que ses promoteurs ont toujours présenté la colonisation comme une œuvre vertueuse , une œuvre de civilisation, d’ailleurs Emmanuel Macron,  le président français- fort de ce postulat- refusait encore avec véhémence d’implorer le pardon des africains à l’occasion  de la tartufferie organisée par ses soins le 8 octobre 2021 ,pour être précis à Montpellier et pompeusement baptisée ” sommet France-Afrique, avec l’assentiment complice du pourtant très brillant et avisé Achille Mbembe et de Claudy Siar, entourés à l’occasion de quelques figurants candides, les hommes de bon sens eux – et il y en a partout– n’y voient qu’une entreprise de domination, d’exploitation, de pillage et d’humiliation des territoires et des peuples d’Afrique.

Les théoriciens de ce génocide présentaient pourtant la colonisation comme ” le fardeau de l’homme blanc” (dixit Rudyard Kipling un poète britannique des XIXème et XXème siècles, né à Bombay dans les Indes britanniques). Il s’agissait pour lui d’apporter les ” lumières” aux ” peuplades obscures «, une mission salvatrice de l’humanité en somme, attribuée et confiée par on ne sait quel dieu, une conception racialiste du monde édictée par la théorie hégélienne de la “hiérarchie des races” et dont justement Kipling apparaît comme un  fervent disciple.

Pourtant le cas des œuvres d’art d’Abomey et bien d’autres événements démontrent à suffisance  que ” civiliser” n’était pas le mobile de cette ruée vers l’Afrique. En effet  comment des peuples  présentés comme primitifs, restés à l’état sauvage, pas du tout ” entrés dans l’histoire ” pour reprendre les mots de Nicolas Sarkozy ( ancien président français accessoirement condamné plusieurs fois au pénal…) prononcés à Dakar dans le pays de l’immense Cheikh Anta Diop, peuvent-ils créer des œuvres de l’esprit ( définition basique de l’art) au point de susciter la convoitise des peuples  dits ‘éclairés” donc “supérieurs” et procurer de substantiels bénéfices à ces derniers des décennies durant ? Comment des peuples auxquels certains nient toute capacité à répondre aux problématiques que leur pose l’environnement dans lequel ils vivent (définition de la civilisation) seraient-ils alors auteurs d’inventions susceptibles d’intéresser les ” blancs” au point de faire la réputation enviée de leurs musées et autres lieux de culture?

C’est bien là la preuve que contrairement à ce que prétendaient Hegel et ses disciples y compris les suprématistes actuels, les africains  en tant que peuples ont comme tous les humains les capacités cognitives de conception, de création et de production des œuvres de l’esprit. Ils en sont propriétaires ad vitam aeternam. Par conséquent, en leur qualité de victimes ils ont le droit légitime d’exiger qu’ils soient rétablis dans leurs prérogatives. Ils ont droit à la RESTITUTION de  TOUT ce qui leur a été VOLE, bien plus, ils ont droit aux REPARATIONS comme ce fût le cas  avec les œuvres d’art des juifs pillées sous le IIIème Reich.

Cependant, quelques interrogations subsistent. Pourquoi seulement vingt-six œuvres ? Pourquoi seulement le royaume d’Abomey? Que fait-on du trône du onzième roi des Bamouns  ou de la Reine Bangoua du Cameroun ? Quel sort pour tous les autres trésors dérobés par les militaires colons à travers  tout le continent ? Et cela va au- delà des seuls colons français. Qu’en est-il des masques Zoulous, Pounous , Senoufos, Mbochis, Dangs, Tchokoués, Koms, Glélés, Mabéas? Où sont, les sculptures rituelles, les objets sacrés et autres  régalais emportés ?

Pour revenir à la France, revient- il à l’ayant  cause  une fois confondu de décider quelle quantité du butin il  restitue ? NON ! Est- ce aussi toujours à lui de choisir  la quantité du butin et à qui il restitue ? NON ! Il doit être contraint par la force du droit à restituer à toutes ses victimes ce qu’il leur a dérobé et à payer toutes les réparations afin que justice soit faite.

Dans le cas contraire c’est irrespectueux. Le respect est une valeur cardinale, qui se doit  d’être mutuel et partagé.

Jean-Pierre Ntimban

Historien

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