La retraite, un changement qui se prépare…

La retraite est un changement d’état de vie important. Pourtant peu de propositions existent sur le “marché” pour accompagner les travailleurs en fin de carrière dans la transition vers la retraite. Alors que, pour une naissance, on prépare tout pour anticiper l’arrivée du petit bout (chambre, matériel, projet de vie, garde, etc.), les personnes qui arrivent à la retraite ne préparent pas aussi systématiquement ce changement pourtant crucial. Certains vont même jusqu’à idéaliser exagérément l’arrivée du “jour J” pour se rendre compte peu après que passer de “actif” à “inactif”, c’est finalement loin d’être simple (et pour les couples, passer de “ensemble après le boulot” à “ensemble 100% du temps” ajoute une couche de complexité).

Pourtant, la retraite a un impact direct sur la santé : un manque de préparation, d’anticipation de tous les aspects et le manque de projet clair peuvent générer des effets psychologiques et physiques néfastes.

Effets psychologiques

Sur le plan psychologique et en fonction des individus, le sentiment d’inutilité, la prise de conscience (potentiellement anxiogène) d’entrer dans une dernière étape de vie, les changements de repères et la perte de sens liés à la disparition du pilier professionnel peuvent déboucher sur de la dépression.

Plus l’écart entre l’idéal rêvé et la réalité est important, plus la probabilité d’émergence de problèmes d’ordre psychologique est importante. Certaines personnes attendent la retraite comme un Nirvana, en l’imaginant comme des « vacances perpétuelles » et en valorisant l’oisiveté comme un but en soi.  Malheureusement (et on l’observe avec le phénomène de « bore out » au travail), la sous-occupation a bon lorsqu’elle a un durée limitée dans le temps, pour prendre du repos, mais elle ne peut pas durer le reste de la vie de retraité. A terme, elle impacte négativement l’état psychologique : le fait d’être sous-occupé peut amplifier le sentiment d’inutilité, augmenter la perte de sens dans l’existence et – in fine – entraîner la personne dans un cercle vicieux où elle ne trouve plus l’énergie de réaliser des activités qui lui permettraient de se maintenir dans le « flow » (qui correspond en psychologie positive à un état d’équilibre et de bien-être dans lequel on réalise des choses avec satisfaction et intérêt, tout en exploitant ses capacités mentales et/ou physiques au juste niveau de « challenge »). Cette notion de « flow » est importante tout au long de la vie mais elle devient particulièrement centrale au passage à la retraite. Il est important de maintenir (voire de susciter – si la personne ne se réalisait plus dans les activités professionnelles) un certain niveau de flow pour optimiser son bien-être dans cette nouvelle période de vie.

Une personne qui a besoin d’activité doit anticiper et maintenir un niveau suffisant d’activités après la retraite (bénévolat, projets, sport, défis, etc.). Elle ne doit pas tout miser sur son jardin (celui dont elle avait peu l’occasion de s’occuper lorsqu’elle travaillait).

Notons que chaque personne a son propre niveau idéal de défi pour être dans le « flow ». Il y a des personnes qui ont besoin de grands défis alors que d’autres se sentent bien avec les petits défis quotidien. Cela évite de tomber dans le piège qui consisterait à penser que tout le monde a forcément besoin d’avoir un niveau d’activité important.

Les futurs retraités peuvent être classés suivant deux axes : (1) le niveau d’activité nécessaire pour être dans le flow et (2) le niveau d’anticipation de la retraite. On peut ainsi trouver 4 grandes catégories de retraités : les “actifs” qui n’anticipent pas, les “actifs” qui anticipent, les “moins actifs” qui n’anticipent pas et les “moins actifs” qui anticipent. Il va de soi que les personnes “à risque” sont par défaut celles qui n’anticipent pas. Cette catégorisation permet de développer des actions ciblées en connaissance de cause (de soi).

La retraite s’accompagne de l’exclusion naturelle d’un groupe par rapport auquel on a développé une identité sociale et un sentiment d’appartenance (à son entreprise/organisation, à son équipe, à son réseau professionnel). Cela induit un processus de “deuil”. Il est donc important de créer et entretenir de nouveaux réseaux de façon à éviter l’isolement, le repli sur soi et la rumination qui favorisent la dépression. Cela ne veut pas forcément dire qu’il faut entrer dans le stéréotype des “vieux joueurs de bingo” et des “clubs de 3X20”. Il existe aujourd’hui un florilège d’activités à caractère intergénérationnel qui permettent non seulement de conserver des relations mais aussi d’entretenir au passage sa santé physique. Le fait de se sentir membre d’un groupe social permet de redévelopper un sentiment d’appartenance et de donner envie de s’impliquer dans d’autres choses.

Notons que l’employeur a un rôle à jouer, voire une responsabilité réelle, pour réduire les risques psycho-sociaux liés au passage à la retraite, en valorisant les personnes en fin de carrière comme mentors, en les rassurant sur le fait que leur connaissance est utile et sera transmise. Une autre façon de procéder est de leur désigner à eux aussi un mentor “jeune” qui peut les aider à s’en sortir avec les nouvelles technologies de communication, pour qu’ils puissent conserver leur réseau de connaissances et l’enrichir à travers les réseaux sociaux, p.ex. Cela implique à nouveau le renforcement d’échanges intergénérationnels qui permettent au futur retraité de “prendre un coup de jeune” bienvenu, en quelque sorte.

Effet physiques

Sur le plan physique, même si la grande majorité des retraités d’aujourd’hui est en bien meilleure santé qu’il y a 20 ans, le fait de passer de “actif” à “inactif” a un impact sur le système immunitaire et la santé générale. Comme on l’observe chez les personnes qui tombent systématiquement malades lorsqu’elles sont en congé, lorsque les activités professionnelles s’arrêtent (de façon définitive dans le cas de la retraite), le corps se relâche. La différence de pression ressentie entre l’activité professionnelle importante et la réduction d’activités de la retraite peut être tellement forte que cela peut engendrer des effets négatifs au niveau de la santé physique. Le système immunitaire se relâche alors lui aussi. On observe dès lors certaines personnes particulièrement actives développer des maladies, voire décéder précocement peu de temps après leur retraite, alors qu’elles étaient encore en pleine forme et très active durant leurs derniers mois de travail. Ce problème est d’autant plus marqué chez les personnes qui prennent une retraite anticipée, comme l’a illustré une étude réalisée par des chercheurs Zurichois : le fait de stopper brutalement l’activité professionnelle quotidienne et les activités routinières augmente la probabilité de développer des maladies cardio-vasculaires, des dépressions, des cancers voir de décéder précocement et ce, d’autant plus si la retraite anticipée est forcée.

Il est par ailleurs évident que le physique et le psychologique sont en interaction permanente dans ce processus. C’est donc un argument supplémentaire pour bien anticiper ses activités et d’éviter de tomber dans l’ennui ou l’apathie, surtout chez des personnes « hyperactives » professionnellement qui idéalisent la retraite mais ne la préparent pas, ou qui la nient jusqu’à la date butoir !

Autres éléments

La retraite se prépare sur le plan individuel mais elle se prépare aussi en couple, les retraités peuvent réaliser qu’ils ont des besoins, des envies et des projets divergents. Cela peut générer de la souffrance et des conflits qui sont forcément négatifs pour le bien-être psycho-social des deux personnes. Sans compter que les deux membres du couple prennent rarement leur pension au même moment. Les deux situations différentes (l’un retraité et l’autre encore au travail) peuvent donc engendrer des tensions dans le couple. La meilleure piste pour éviter cela est d’anticiper ce risque, de ne pas le nier ou d’attendre d’être au pied du mur. Il est donc important de mettre les choses à plat, en exprimant ses ressentis (« comment je me sens moi quand je pense à la situation à venir »), ses besoins et en écoutant les besoins de l’autre sans les juger, de façon à développer une communication claire et de trouver des points de convergence avant le jour J, mais aussi en abordant les divergences de façon à les réduire tant que faire se peut.

Pour terminer, dans la préparation de la retraite, anticiper ses occupations et projets est une chose mais il est aussi primordial d’anticiper les conséquences fiscales, juridiques et financières de la retraite… ce serait dommage que de beaux projets soient avortés par manque de précaution administrative et cela aurait des conséquences fâcheuses sur le moral du retraité.

Publié le 1 juillet 2016

Arnaud Liégeois

Change Lead, Collaborateur Scientifique, Psychologue social

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *