LA SOCIÉTÉ CAMEROUNAISE SUR LE DIVAN

Longtemps avant que je ne vive «  abroad », je ne m’étais jamais aperçu de cet état d’esprit, de fait, qui habite ou sommeille en chacun de nous, Camerounais s’entend.

Au fil des années, ce constat s’est amplifié à distance mais également sur le terrain, à l’occasion de mes séjours.

Il y a une trentaine d’années, en France, les foyers étaient à peine équipés de téléphone fixe. Il fallut un vaste plan de télécommunications lancé par le Président Valéry Giscard d’Estaing pour que la France s’équipe.

Pour pallier ce déficit, les rues des principales villes de France et de Navarre, étaient parsemées de cabines téléphoniques auprès desquelles nous nous agglutinions, chacun à son tour, pour appeler, une ligne de service public au Mboa, afin de joindre un parent. Davantage pour savoir quand tombera l’oiseau bleu (c’est ainsi que nous appelions, entre nous, à l’époque, le mandat télégraphique) et calculer le délai d’arrivée de l’avis jaune que le facteur apposerait sur la boîte aux lettres.

Hein le Shah, Félix Nna Ze et le prof  Kamé Bouopda Pierre, que de souvenirs à la rue Baudricourt dans le 13ème arrondissement de Paris.

Mais que remarquions-nous déjà à l’époque, à peine extrait de notre environnement du Mboa ? Que nos compatriotes étaient lents à la détente. Le débit lent de la voix, une absence de réactivité.

Ne répondant jamais directement et précisément aux questions posées. N’est pas Camerounais celui qui ne répond pas à une question par une autre question. Ce n’est pas le qui veut mais le qui peut. Imaginez le coût des appels téléphoniques à l’époque.

« Allo, bonjour Mr ou Mme. Pourrais-je  avoir svp Mr ou Mme un tel ». En lieu et place d’une réponse claire et succincte, nous avions droit à ceci « A qui ai-je l’honneur ? ». Pire quand vous aviez une dame au bout du fil, tantôt elle causait avec une de ses collègues pendant qu’elle échangeait avec vous. Mr « à qui voulez-vous parler ? ». A Mr Olinga. Il n’est pas là ou il est occupé. Mme, je vous dis que c’est urgent, suis son fils et j’appelle de Paris. Ah ne quittez pas.

Ainsi vous perdiez un temps précieux pour un échange qui n’aurait pas dû dépasser une minute.

« Droit au but », n’en déplaisent aux supporters du club qatarien de Paris comme Mathieu Youbi, n’est point le slogan de nos concitoyens dans tous les domaines de la vie sauf pour des choses précises.

Nous y reviendrons.

On dirait que la lenteur est chevillée à nos corps. Vous demandez à un proche, de vous rendre un service, même s’il a été facturé et payé, vous attendrez longtemps avant d’avoir la suite. Chacun d’entre nous a déjà eu une telle expérience chez un tailleur ou couturière avant un évènement heureux.

Vous entrez dans un bureau d’un ministère, d’un organisme public ou d’une société privée, on vous dévisage, on prend son temps avant de vous demander le but de votre présence.

Et lorsqu’on consent à s’occuper de vous, la personne dédiée, échange avec ses collègues ou discute au téléphone, usant de votre temps et du sien de manière inutile et coûteuse.

Comme diraient certains, « Le blanc a la montre mais le noir le temps ».  Time is not money chez nous.

Toutes les procédures sont longues, compliquées et complexes. Elles nécessitent de nombreuses validations. Cumulées à la lenteur et au manque de pro activité ou tout simplement de réactivité des acteurs, vous comprenez pourquoi, une tâche ne nécessitant que quelques minutes, peut prendre des heures ou des jours.

La simplification et la dématérialisation des procédures dans l’administration, réduiront certes les temps mais tant que les individus, derrière leurs machines (ordinateurs), n’auront pas la célérité appropriée, le gain de productivité attendu ne sera pas au RDV.

Espérons que les 500.000 étudiants, pépinière de la génération Androïd ou numérique voulue par nos pouvoirs publics, qui recevront dès la rentrée, gratuitement les ordinateurs, sauront plus tard relever le défi de la productivité, sans laquelle notre émergence serait un vœu pieux.

Et si vous ajoutez à cela l’indiscipline, le refus de respecter les règles que l’on observe de plus en plus dans notre société, alors là, nous pouvons toujours courir dans le sac, dans notre quête d’excellence ;

Est-ce générationnelle et/ou congénitale,  cette propension à la désobéissance ? Au refus de l’autorité ?

Comment expliquer que le même camerounais accepte, sans rechigner, de prendre un ticket pour s’aligner devant un consulat d’une Ambassade à Yaoundé ou Douala dans le but d’obtenir un visa, ou dans un bureau de poste voire une préfecture de l’Hexagone mais trouve le moyen d’ignorer les mêmes règles chez lui, usant des combines, des passe droits ?

Le grand décalage est encore perceptible dans nos Ambassades, certes, des extensions de notre territoire à l’étranger, quand un de nos concitoyens sort du bureau de poste de la rue d’Auteuil (Paris 16ème) où il a fait la queue pour se faire servir, ensuite pénètre dans notre chancellerie, non loin de là, afin d’obtenir un service, en dérogeant aux règles établies.

Qu’il s’agisse d’un sort ou d’une malédiction, ce dédoublement ou « parallélisation » de nos comportements est incompréhensible.

Curieusement, on retrouve leur célérité quand il s’agit d’obtenir le NKAP. Les uns et les autres, quel que soit le sexe, rivalisent d’adresse pour vous faire cracher rapidement au bassinet.

Hahahhah, le débit n’est plus lent dans ces moments. On innove, à grosse goûte de sueur, dans les explications. Tout y passe. Mensonges, inventions pour vous faire délier bourse.

Tantôt, ma mère est gravement malade, j’ai un deuil au village, vraiment j’avais oublié de te dire que le week-end prochain, nous avons à Baham (humm Joséphine Djuissi opalooooh), de grandes funérailles pour 5 disparus de notre famille, on attend ma quote-part.

Hummm je ne sais pas pourquoi mon frère est allé chercher sa future femme chez les Dschang et de surcroît claire façon il n’y a pas produit comme Sandy Nguefack. Qualité qu’on lui demande le nombre de cochons à acheter là, faut simplement qu’on aide ton beau-frère non. Je ne te dis pas s’il avait choisi une femme chez les Bandjoun, on l’aurait simplement fini. Sans oublier les multiples tontines, le salon de coiffure et de manucure. Cerise sur le gâteau, mon abonnement au club de gym. Chéri, ne m’oublie surtout pas. Je te « yamo, tu know non ». Tu es ma personne «  dion ». «  Minalmi ».

Et quand il s’agit, pour la gente masculine, d’accélérer le processus de libération des ways, par les femmes, Julio Iglésias est très loin d’être à leur hauteur.

Tu ne reconnais plus les ressortissants du Haut Nkam, Philippe Ngamou Denis Albert Ngankam, Engelbert Lebon Datchoua, Ebenezer Tchoula DE Babone, Clou Armand Dibankeu, Franck Njiaga ;

 Les Sawas comme Cyrille Ekwalla, Nicolas Bwanga Ekwalla, Daniel Pascal, Gaston Epote Myke, Alain Dika, les bétis, Charly Noah, Martin Laurent Nguini,  Patrice Ndongo-Seh, Mathias Eric Owona Nguini, Didier Mvie, les bassas,Jean Louis Ikoo, Alain Patrice Ikoo, Anthony Sword-Tenbody, Gerard Bassong, Man Mbaï Likol, Bernard Williams Banag, Mbombog Ka’a

 Les « Nta’a tuo » bamouns à l’instar d’Eric Benjamin Lamère, Ngoucheme Ezechiell, Ibrahim N’Galla , Yves Kouotou

Encore moins les bulus. Dany Claude, Francis Chou, Rawul Minlo, Félix Nna Ze. C’est comment pasto Ntimbane? Je passais seulement.

Même les légendaires « muets » ou « carpes » du septentrion comme Mohamadou Houmfa, Ouba Ali Mohaman, Guibai Gatama, Club Cap deviennent prolixes et mielleux.

Quant aux Yaoundéens comme Sob Ndata Edmond, Jules Ntanzi et Patrice Mitherand Kuindja, ils s’imaginent que les go mangent seulement leur noblesse, dignité et élégance dans zéro macabo. Yeuchhhh, parlez souvent bien.

N’en parlons même pas pour nos compatriotes du Nord et Sud-Ouest comme Fonka Mutta. Nancy Ikome ne me démentirait pas, elle qui a dû en souffrir avant que nous ne l’enlevions de leurs griffes.

Même la timidité de façade d’Albin Michel Njilo, Héru Kamga, se mue en agilité et dextérité. Comme quoi, on ne connaît les gens qu’à l’épreuve des situations.

Les Yolly, Carine Meleba, Annette Mongory, Emmanuelle Lingo, Kathy Grâce, Halimatou Yaya, Ki Um, Valerie Saminou, Edith Mbono, Lydie Yap, Sophie Ben Roosalem, Alice Djitik Tchomté, Nadia Ncho Nlt, Nelie Ngassam, Aurélie Missomba, Halimatou Yaya, Yvette Ngo Matip, Vicky Bonny, Septième DuNom, Sirène De Kribi,  etc n’ont qu’à bien se tenir pour résister à leurs assauts tout en veillant à ne pas laisser, au passage, filer leur chance. On ne sait jamais. Ta part peut toujours venir comme ça et au moment où tu t’y attends le moins.

Les Francis Kenmegne, Aristide Yonkouo et bien d’autres seront toujours au rebond pour smasher, monter au filet, lifter la balle voire assener un revers du coup droit au moment opportun. Vous prient-ils ?

LE CAMEROUN EST EXCEPTIONNEL. CA SORT COMME CA SORT

 

 

 

 

 

 

Une correspondance de Macaire LEMDJA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *