Les Aventures de Karim et Calvin

Mon ami d’enfance Karim et moi étions en ce temps-là en classe de Terminale littéraire. J’étais un germanisant,  lui un russisant qui était très amoureux de l’Union Soviétique d’alors et de Che Guevara le révolutionnaire avant-gardiste et audacieux, latino- américain. D’ailleurs tous ses pantalons de  « Moriba » portaient l’effigie de cet argentin qui troublait le sommeil des néocolonialistes et capitalistes.

Assis sur un vieux banc public, nous consommions les toutes premières heures de la semaine pascale. Il faisait frisquet et une fine pluie calmait les ardeurs et de l’insolent soleil. Tous les deux, nous portions des pull-overs à col roulé qui nous gratifiaient des airs feutrés d’enfants de bonne famille et bourgeoise.

Nous nous réjouissions à lancer des piques et des grains de maïs à toutes les filles qui osaient passer devant nous. Karim,  le soviet était un peu timide et moins taquin moi.  Certaines faisaient des grands détours pour esquiver mes tacles de mauvais goût.

Pendant que le soleil, timidement, sortait quelques-uns de ces rayons, mon ami se déplaça à l’anglaise et se cacha derrière un gros bougainvillier flamboyant. Le bonhomme suçait des pastilles Valda  qu’il me refusait sous prétexte que ce n’était pas de vulgaires graines de cacahuètes de Ouham- Pendé .

Tu es trop gourmand Calvin. Me dit-il.

Tu es trop chiche. Lui rétorquai-je.

Néanmoins, il compta quelque cinq pastilles qu’il me donna avec un sourire narquois.

Et nous cheminâmes jusqu’à notre école ” Manger” qui nous eut appris à gribouiller et à émettre des sons discordants désagréables à l’oreille.

Ayant fini d’écumer les coins et les recoins de notre petit  jardin natal, nous nous dirigeâmes gaillardement vers « Kit-Kat »du libanais du coin. Où nous nous installâmes sans façons et avalâmes des tasses de yaourt, des brioches et de la salade de laitue romaine rehaussée de rondelles de tomates’ émincés d’échalotes et d’épices. Sans payer.

Les employés s’indignèrent. Eux et nous, nous nous échangeâmes  de brefs petits coups de poing. Émilienne, ma mère était déjà là. Qui lui avait dit ? 

That was the question !!!

Quand elle eut fini de payer tout ce  qu’on avait gloutonnement avalé, elle nous caressa les joues avec des petites gifles de mère très maternelle et elle tourna les talons.

Calvin OUANDJI Le Fils d’Émilienne

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