LES COUPS D’ÉTAT SONT-ILS DE DROIT ?

Opposé par essence aux règles juridiques d’usage dans un espace donné et vilipendé jadis par Karl Marx (1818-1883), le droit naturel est inhérent à des valeurs immanentes qui dérivent de l’appartenance de chaque être à l’humanité, indépendamment du contexte social et historique dans lequel il évolue.

À l’inverse du droit positif qui est de quiddité contingente et de nécessité convergente avec l’évolution de ses multiples sources, le droit naturel est dicté par le contenu instable de la notion même de « nature humaine », depuis le précieux traité antique de la Grande Morale d’Aristote (384-322 avant Jésus-Christ).

Mépris du droit positif

Aussi s’avère-t-il que le droit naturel est concrètement improbable et inapplicable, non seulement dans le cadre institutionnel des rapports fonctionnels entre les individus (lois et règlements), mais également dans la sphère juridique des interrelations formelles entre les États (traités internationaux).

Dans ce cadre réflexif, évoquer le droit naturel, philosophique et idéal, pour fomenter ou légitimer un coup d’État est une étrange imposture et un hold-up intellectuel contre le droit positif à l’objectivité imparfaite. Autrement dit, peut-on allègrement faire référence à la souveraineté des droits individuels dans un État présumé de droit pour justifier n’importe quel forfait ?

Certains s’y hasardent à la faveur d’enjeux bassement politiques et d’appétences essentiellement gastriques. Il tombe pourtant sous le sens que ces coups de force, décriés ou soutenus par une partie de la société civile, constituent des usurpations flagrantes de l’autorité étatique par la contrainte brutale des armes, consécutivement au mépris singulier du droit positif en vigueur !

Actes de banditisme

À la lumière des expériences accumulées sur le continent africain, les putschs militaires ne se distinguent guère par un caractère massivement populaire, qui serait suscité par un éveil révolutionnaire des consciences. Ils s’apparentent plutôt à des actes de banditisme visant chaque fois à remplacer illégalement un gouvernement établi par un autre, sans véritable projet alternatif de société, ni volonté appréciable de reconstruction nationale sur les ruines des errements antérieurs.

Qui plus est, dès qu’une clique en treillis prend les commandes d’un pays, on assiste généralement à l’amorce d’actions de prévarication, de favoritisme ou d’autoritarisme qui épousent, à leur tour, moult manquements reprochés au régime renversé. La cupidité et la rapacité de la nouvelle équipe dirigeante permettent ensuite de renvoyer aux calendes grecques les séduisantes corrections de gouvernance proclamées a priori.

La mascarade est le plus souvent accompagnée d’un confus bredouillement d’accusations manichéennes sur le pouvoir déchu ou sur la culpabilité de l’ancienne puissance coloniale à la gloire du soleil couchant. Hélas, le tohu-bohu politique soumis à l’entendement ne présente finalement aucune perspective substantielle d’œuvrer dans le sens impérieux des préoccupations majeures des peuples appauvris et opprimés !

 

Par le Pr. Alain Boutat  pour MEDIAPART – PARIS – JEU. 3 FÉVRIER 2022

Épidémiologiste,

Économiste et Politologue

Lausanne

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