De la Lumière des Projecteurs Camerounais à l’Éclat des Prétoires Américains : L’édifiant parcours de Mami Ngantche
Des nuits vibrantes et étoilées de Yaoundé aux rigoureux et estimés prétoires américains, le parcours de Cécile Hortense Nantchouang – affectueusement connue sous le nom de « Mami Ngantche » ; digne fille de M. Ngantche, emblématique homme d’affaires , propriétaire de « Oxygène », la boite de nuit phare des années 86 à 90– est tout simplement extraordinaire. Autrefois reine incontestée de la scène mondaine camerounaise, où son nom était synonyme de fêtes légendaires, de lieux branchés et d’une ambiance électrique, elle a opéré une métamorphose spectaculaire pour devenir une avocate respectée et influente sur le sol américain. Sa trajectoire force l’admiration et suscite l’envie.
Qui ne se souvient de sa coupe de cheveux courte emblématique, souvent aperçue à travers les volutes de sa cigarette perpétuelle lors de ces nuits éblouissantes où Mami Ngantche animait les soirées les plus exclusives de Yaoundé ? Son charisme, son sens inné de l’événement et sa capacité à rassembler les foules et à créer l’ambiance ont marqué le milieu des années 80 et 90, faisant d’elle une icône de notre scène nocturne. C’était une autre vie, certes, mais une vie qui a sans doute forgé la détermination et la perspicacité qui la caractérisent aujourd’hui.
Le passage des nuits endiablées aux codes stricts des barreaux américains n’est pas le fruit du hasard, mais d’une ambition certaine et d’un travail acharné, des qualités dont Mami n’a jamais dérogé. Même au milieu de sa vie sociale trépidante, elle poursuivait déjà des études de droit à l’Université de Yaoundé. En 1988, pour surmonter un échec académique en troisième année dû aux grèves étudiantes, elle a stratégiquement complété sa licence en droit au Togo.
À son retour au Cameroun, elle a travaillé dans les assurances jusqu’en 1994, ressentant un désir croissant de nouveaux défis. Saisissant l’immense engouement autour de la participation des Lions Indomptables à la Coupe du Monde 1994 aux États-Unis, Mami Ngantche a réussi à s’inscrire sur l’un des vols charters accompagnant l’équipe. Suivant le conseil de son défunt grand frère, Alain Fonou (dont la mémoire est chérie), elle a rendu visite à l’ancien tuteur de celui-ci ; lorsqu’il avait séjourné à Bertoua : le Commissaire Oudini. Un simple coup de fil du Commissaire à l’Ambassade des États-Unis lui a miraculeusement permis d’obtenir son visa deux jours plus tard.
L’ancienne élève du Collège Bilingue d’Application, du Lycée Bilingue de Yaoundé et du Collège de la Retraite ; s’est rapidement adaptée à son nouvel environnement. Elle a d’abord entrepris des études en informatique, guidée par les conseils de sa mère, et est revenue au Cameroun en 2000 avec un projet ambitieux : ouvrir le premier cybercafé du pays, financé par son université, le San Francisco City Collège. C’était l’aube de l’ère internet au Cameroun, avec seulement un autre cybercafé existant à Yaoundé à l’époque.
Cependant, elle s’est rapidement heurtée à d’importantes difficultés administratives et à un environnement sociopolitique peu propice au déploiement de son projet. Déçue, son ambition s’est refroidie et elle a décidé de repartir aux États-Unis six mois plus tard.
Le déclic se produit en 2003, lors de son retour au Cameroun pour les obsèques de son frère Alain. Ce dernier était un modèle pour elle, tout comme elle l’était pour lui. C’est lors d’une conversation avec les amis d’Alain, alors que l’un d’eux, dans un quiproquo, lui demande si c’est elle « l’avocate », comme son défunt frère la présentait, qu’elle le prend comme un présage : « Si Alain voulait que je sois avocate, alors je le deviendrais. » C’est donc, par la volonté posthume de son frère, qu’en rentrant aux États-Unis, elle décide d’intégrer une école de droit.
UNE PASSION LE DROIT
Elle s’inscrit ainsi à la Pennsylvania State Dickinson School of Law, où elle suit le cycle doctoral, ce qui lui ouvre les portes du barreau américain. Elle devient avocate en 2007 et intègre immédiatement Buchanan Ingersoll and Rooney, un cabinet d’avocats international à la réputation établie, dont le siège se trouve en Pennsylvanie. Elle y fait ses premières armes dans les arcanes du système juridique américain. Cependant, les conséquences de la crise des « subprimes » après 2008 entraînent un ralentissement des activités de cette firme, et Cécile souhaite se réorienter.

Animée par une soif de justice, elle décide de quitter ce cabinet. Après une séparation à l’amiable et avec le chèque de règlement significatif qu’elle reçoit, elle s’installe dans le Maryland pour ouvrir une autre voie dans sa carrière d’avocate. Elle ouvre son propre cabinet et se spécialise dans le droit de l’immigration. Elle devient ainsi l’avocate des nombreux immigrés aux États-Unis qui se retrouvent face aux complexités du système judiciaire américain, les aidant pour l’obtention de Green Card, les regroupements familiaux, les demandes de nationalité, les demandes d’asile, etc. Cela fait 17 ans que cela dure. Elle est devenue la référence dans ce domaine. Plus qu’une activité commerciale, c’est devenu un sacerdoce pour Cécile. La passion qu’elle a toujours eue pour le droit l’a établie en praticienne aguerrie.
Après près de 30 années passées à l’étranger, Cécile revient régulièrement au pays, deux à trois fois par an. Elle y a construit son « chez soi » et songe à son avenir au Cameroun. Elle est d’ailleurs inscrite au tableau du barreau du Cameroun depuis 2015.
Toujours proche du « mouvement », elle a relevé le défi des études les plus exigeantes, prouvant que l’intelligence et la persévérance sont les véritables passeports vers le succès.
Aujourd’hui, Cécile n’est plus seulement une mémoire vive de nos soirées, mais une professionnelle aguerrie, reconnue dans le monde feutré du droit américain. Spécialisée en droit de l’immigration et en défense des droits civiques, elle plaide avec la même passion et la même éloquence qu’elle animait autrefois les foules. Ses succès ne se comptent plus, et son cabinet est devenu une référence pour la diaspora et pour ceux qui recherchent une représentation de premier ordre.
Son histoire est une source d’inspiration pour notre jet set, démontrant que l’on peut exceller dans des univers diamétralement opposés. Elle est la preuve vivante que la réussite n’a pas de limites, et que l’on peut passer d’un statut d’icône mondaine à celui de pilier de la justice, sans jamais perdre de sa superbe. Mami Ngantche continue de nous rappeler que l’audace paie, et que le véritable luxe réside dans la capacité à se réinventer avec éclat.
Henri M.Atangana

