Stéphanie Manguele : L’avocate qui tisse des ponts entre le droit international et le développement africain

Stéphanie Manguele est une avocate au barreau de Paris. Après avoir travaillé dans des cabinets internationaux, elle a choisi de se rapprocher du continent africain pour contribuer à son développement. Elle a notamment travaillé sur des projets d’envergure comme le projet Simandou en Guinée, ainsi que sur des projets énergétiques et d’infrastructures en Afrique de l’Ouest.

Son objectif est de bâtir des ponts entre les standards internationaux et les réalités africaines pour transformer les ambitions en projets concrets. Pour elle, les principaux défis juridiques sont l’harmonisation des réglementations, la sécurité juridique des projets face aux incertitudes, et l’intégration des standards internationaux comme les normes ESG. Elle voit l’avenir des projets d’infrastructures en Afrique dans la transition énergétique, le numérique et les infrastructures sociales.

Son travail vise à construire des modèles durables, inclusifs et véritablement africains.

Henri ATANGANA : Qui est Stéphanie Manguele et comment arrive-t-elle dans l’environnement complexe du droit des affaires ?

Stéphanie MANGUELE : Je suis avocate au Barreau de Paris. Après avoir exercé dans plusieurs cabinets internationaux, j’ai choisi de me rapprocher du continent pour contribuer directement à ses dynamiques de développement. J’ai travaillé sur des dossiers structurants comme le projet Simandou en Guinée ou encore sur des projets d’énergie et d’infrastructures en Afrique de l’Ouest. Mon ambition a toujours été de bâtir des ponts entre les standards internationaux et les réalités africaines, afin de transformer les ambitions en contrats solides et en projets concrets.

H.A. : Quels sont les principaux défis juridiques que vous rencontrez dans votre pratique ?

 S.M. : Le premier grand défi, c’est celui de l’harmonisation. Nous avons des instruments comme l’OHADA, l’UEMOA ou la CEMAC qui posent un socle, mais dans la pratique, il reste beaucoup de disparités entre les pays : dans les réglementations sectorielles, la fiscalité, les régimes d’investissement, ou encore les procédures administratives. Chaque projet doit donc être adapté au cas par cas, ce qui alourdit les délais et augmente les coûts. Le deuxième défi, c’est la sécurité juridique. Beaucoup de projets sont exposés à des incertitudes, changements législatifs, révisions de contrats, instabilité politique, qui fragilisent leur bancabilité. Les investisseurs demandent de la prévisibilité, et c’est ce que nous essayons de construire. Enfin, un troisième défi réside dans l’intégration des standards internationaux, notamment ESG et climatiques, dans des environnements parfois encore en construction institutionnelle. Il s’agit d’inventer des solutions équilibrées : garantir que les projets respectent ces standards sans les rendre inaccessibles pour les États et les populations. En résumé, le défi, c’est d’harmoniser, sécuriser et adapter en permanence pour que les grands projets puissent voir le jour et durer.

H.A. : Comment voyez-vous l’évolution des projets d’infrastructures en Afrique dans les prochaines années ?

S.M. : Nous allons assister à une nouvelle génération de projets. Après les infrastructures de base, routes, ports, énergie conventionnelle, je vois l’avenir dans trois directions : la transition énergétique, avec le solaire et l’hydrogène vert ; le numérique, avec les data centers, les câbles sous-marins, les fintechs ; et les infrastructures sociales, notamment la santé et l’éducation. Les financements évolueront aussi, avec une place grandissante des obligations vertes et une implication croissante des investisseurs africains eux-mêmes.

H.A. : Quels sont les défis et les opportunités liés aux projets d’infrastructures en Afrique ?

S.M. : Les défis sont connus : la bancabilité des projets, la lenteur administrative, le coût du financement, parfois le manque de coordination régionale. Mais les opportunités sont immenses. L’Afrique est en pleine construction. Chaque route, chaque centrale, chaque hôpital crée un impact direct sur des millions de vies. Et ce qui est passionnant, c’est que nous avons l’occasion de bâtir différemment, en intégrant dès le départ des standards de durabilité, de digitalisation et d’inclusion. C’est une responsabilité mais aussi une chance unique.

H.A. : Pourriez-vous partager d’autres informations et perspectives que vous jugez importantes ?

S.M. : Oui, bien sûr. Je pense que l’un des enjeux centraux pour l’Afrique, c’est de réussir à former une nouvelle génération de juristes et de financiers capables de comprendre à la fois les standards internationaux et les réalités locales. Trop souvent, les projets échouent non pas faute de financements, mais faute de structuration adaptée.

Je crois aussi beaucoup à l’importance de la coopération régionale : nos marchés sont encore trop fragmentés. Or, l’énergie, le transport, le numérique sont des secteurs qui ne connaissent pas de frontières. Enfin, il me semble essentiel d’associer davantage la société civile, notamment les jeunes et les femmes, aux grands projets. Non seulement parce qu’ils en sont les premiers bénéficiaires, mais aussi parce qu’ils apportent une créativité et une énergie incroyables.

En résumé, il ne s’agit pas seulement de bâtir des infrastructures, mais de construire des modèles durables, inclusifs et véritablement africains.

H.A. : Quels sont vos liens personnels avec le Cameroun, au-delà de votre carrière juridique ; Vos racines familiales et comment cela a-t-il influencé votre parcours ?

Le Cameroun est mon pays d’origine, et c’est un ancrage essentiel dans ma vie. Mes parents et mes frères y vivent encore, et même si mon parcours professionnel m’a conduite à travailler entre l’Europe et plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, je garde avec le Cameroun un lien affectif très fort.

Ce lien familial m’a beaucoup influencée : il me rappelle constamment l’importance de rester connectée à ses racines et de mettre mes compétences au service du continent. Le fait d’avoir grandi avec cette double perspective – celle d’un pays riche en ressources et en talents, mais aussi confronté à des défis structurels – a nourri ma conviction que le droit des affaires peut être un véritable outil de transformation

Propos recueillis par Henri Marcel Atangana

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