Les marques « François », ad vitam æternam sur l’humanité

Le monde entier s’est presque figé ce 21 avril 2025, après l’annonce de la mort du Pape François, décès survenu à 7 heures 35, heure de Rome, des suites de maladie à l’âge de 88 ans. Ce jour-là, de nombreuses chaînes de télévision et de radio du monde, ont interrompu leurs programmes pour céder la place aux éditions spéciales sur la mort du Pape, pour retourner son pontificat dans tous les sens, afin d’en retenir l’essentiel. C’est ce que l’on appelle en audiovisuel le « breaking news ». Il faut y ajouter, la grande mobilisation des Chefs d’Etat et de Gouvernement, des dignitaires et anonymes du monde à l’occasion de ses obsèques le 26 avril 2025, pour comprendre que la disparition du premier Pape jésuite et Argentin a laissé très peu de citoyens du monde indifférents.

Son pontificat n’aura duré que douze ans. Douze années pleines et intenses qui ont fini par faire du 266ème Pape, un véritable Pasteur plus qu’un roi, à la tête de 1 406 000 000 (un milliard quatre cent six millions) de fidèles catholiques, répartis à travers le monde. Le cardinal Jorge Mario BERGOLIO, devenu Pape François le 13 mars 2013, a su transformer son pontificat relativement court, en occasion d’enseignement à chacune de ses sorties et prises de parole, alliant avec dextérité, la magie du verbe et la pédagogie, le besoin d’évangélisation et la folle envie de former l’homme tout court.

Il n’a lésiné sur aucune occasion pour faire passer son message d’humilité, de tolérance, de partage, d’abnégation et d’acceptation de l’autre. Il en donne d’ailleurs le ton dès le premier jour de son « mandat », à travers un acte porteur de message d’humilité. En effet, le Pape François, juste le lendemain de son élection, décide d’aller régler lui-même sa note d’hôtel au « Domus Internationalis Paulis VI ». Il s’agit d’un établissement géré par l’Église catholique dont il est le chef depuis moins de vingt-quatre heures, et où il a séjourné avant le conclave. Puisque les faits parlent plus que les discours, le Pape François paye sa note, pour que cela serve d’exemple à ceux qui seraient tentés de se servir de leur titre comme passe-droit.

Le Pape François, c’était aussi son sens élevé d’autodérision. C’est lui qui, pince-sans-rire, s’était demandé comment ses pairs cardinaux avaient pu élire quelqu’un venu de si loin (Argentine), un homme qui plus est, ne vit qu’avec un seul poumon ; cet état de sa santé précaire lui a fait dire qu’il n’était qu’un Pape de transition. Adepte du dialogue interreligieux, il en a fait la promotion pendant son séjour au Vatican, en se rendant dans plusieurs pays musulmans et en multipliant des rencontres avec les responsables des autres confessions religieuses. Pour toucher chacun jusqu’au plus profond de lui-même, le Pape François n’hésitait pas à aller puiser dans un registre lexical qui parle à tous, faisant appel à son génie d’orfèvre de la bonne formule pour frapper les esprits:

  • « Tueurs à gage », pour désigner les médecins qui pratiquent l’avortement.
  • « Le gouvernement du Vatican est frappé par d’Alzheimer spirituel ». C’était sa façon de dénoncer les dysfonctionnements répétitifs enregistrés au saint Siège.
  • Sur les abus sexuels, le Pape François dira que « l’Église doit avoir honte et demander pardon ».

Au nombre de ses autres sujets de prédilection, l’on note, sans préséance aucune, l’environnement, les migrations, les pauvres, l’Afrique, oui l’Afrique où il s’est rendu cinq fois et visité dix pays, sauf le Cameroun qui attendait de le recevoir avec faste comme ce fut le cas avec ses prédécesseurs, notamment Benoît XVI et Jean Paul Il. S’agissant de l’Afrique surexploitée par l’Occident, il a hurlé ces deux injonctions en direction de ceux qui ont fait du continent noir leur propriété : « retirez vos mains de l’Afrique, lâchez l’Afrique ».

Celui qui se préparait à devenir médecin et qui a fini par soigner plutôt les âmes pour les conduire à Dieu, a également pris quelques risques, en s’attaquant presque de manière frontale, aux sujets dits sensibles dans les milieux conservateurs. En bonne place, le célibat des prêtres, l’ordination sacerdotale des femmes, les homosexuels, la bénédiction des couples gay……. »Qui suis-je pour les juger »? s’interrogeait-t-il. Il prodiguait également des conseils comme celui-ci qui fait l’unanimité dans plusieurs couples aujourd’hui, qu’ils soient chrétiens ou pas: « Disputez-vous autant que vous voulez. Si les assiettes volent, laissez-les, mais ne laissez pas la journée finir sans faire la paix ».

En définitive, tout le pontificat du Pape François aura été fortement marqué par des messages de paix, de rassemblement, de partage et de bien d’autres vertus qui ont trouvé des échos favorables à travers le monde, et qui ont milité en faveur d’une mobilisation planétaire à l’occasion de ses obsèques le 26 avril 2025 à Rome ; des obsèques où la géopolitique s’est invitée sans coup férir, où les prisonniers, les réfugiés, les transgenres et autres rejetés de la société étaient dûment conviés ; le Pape défunt ayant toujours rêvé d’une Eglise humanisée sans être banalisée.

Requiescat in pace.

Lux sine fine luceat ei.

André GUIMVOUM

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