MISE AU POINT
Ceci n’est pas un droit de réponse, mais plutôt un supplément d’informations, par rapport à l’article du Pr Alain Boutat paru dans « Glance 117 » deux mois plus tôt, sur la situation de Magba, à la lumière des évènements de février 2023 et août 2024. Il s’agit de mettre tout le monde au même niveau de compréhension de la montée d’adrénaline entre les Bamoun et les Tikar à Magba ; cette ville qui est désormais considérée comme le symbole du déni du « vivre ensemble ».
Dans son édition du mois de mars 2025, le mensuel « Glance », en page 16 publie un article signé par le Pr Alain Boutat, épidémiologiste, économiste, et politiste dont le titre est: « Cameroun : chamaille dangereuse de chefferies ». Je me suis autorisé un coup d’œil intéressé sur cet article (an interested Glance ), parce qu’il me parle. Il s’agit d’un ensemble de réflexions sur « la guerre permanente » qui rythme le quotidien du sultanat des Bamoun et la chefferie de Magba dont l’ordinaire des lieux est Tikar. Au centre de cette drôle de guerre, le contrôle géographique, linguistique, culturel et religieux de l’espace qui correspond à l’actuel arrondissement de Magba, le seul qui n’est pas un fief Bamoun, sur les neuf que compte le département du Noun.
De nombreuses prises de position contenues dans cet article, sont largement partagées par l’ensemble des Tikar, avec en bonne place, la dénonciation de l’auto proclamation du sultanat Bamoun en royaume, avec à sa tête, un Sultan…tout cela, dans une République. Il s’agit d’une parfaite usurpation de titre qui permet aux porteurs de ces titres qui n’existent nulle part dans la Constitution de la République du Cameroun, de considérer les autres entités traditionnelles voisines comme des marchepieds, des sous communautés.
Pour le reste, certaines assertions du Pr Alain Boutat méritent des compléments d’informations. Par exemple quand il écrit que: » le groupement de Magba qui est aujourd’hui en ébullition, fut dirigé de 1945 à 1958 par un Tikar. À sa mort, le sultan d’alors, réussit à introniser son propre frère qui y régna pendant 17 ans. En 1975, les notables Tikar décidèrent de choisir eux-mêmes leur nouveau chef. Cette décision serait depuis lors, à l’origine d’animosité latente. »
Comme pour tout texte, ces quelques lignes donnent lieu à diverses interprétations, dont déjà celle qui laisse croire qu’avant 1945, la localité de Magba avait été dirigée par des chefs issus des composantes ethniques autres que Tikar.
L’ abondante littérature Pr Eldrige Mohammadou, chercheur et historien sur les mouvements migratoires des peuples oubliés et les milliers de témoignages transmis depuis 782 ans d’une génération à une autre par les notables des villages de Bankim et de Magba, indiquent clairement que c’est un prince Tikar, du nom de Ngoumo, qui est parti de Bankim vers 1243, à la recherche d’un arbre appelé « gba », dont l’écorce sert à la fabrication des tissus traditionnels, qui aurait créé ce village en lui donnant le nom de Gba. Avec le temps, l’appellation de Gba a évolué pour devenir Magba. En définitive, la chefferie de Magba a toujours été tenue par les Tikar, si l’on excepte la parenthèse dont parle le professeur. Cf la liste de la dynastie de la chefferie de Magba.
Par ailleurs, ce n’est pas seulement la désignation du sultan des Bamoun, chef de 1° degré » mon fils » par un chef de 3° degré qui a mis le feu aux poudres. C’est aussi et surtout, la résistance qu’oppose Magba par rapport aux velléités de phagocytose par Foumban qui fait sortir tout le sultanat de ses gongs; surtout que, selon un concept créé et entretenu là-bas, tout ce qui se trouve sur le territoire du département du Noun, appartient au sultan roi des Bamoun.
Enfin, s’il est admis qu’après Njimom, c’est un prince Tikar, en l’occurrence Ncharé Yen, qui est allé à la conquête de Foumban et qui s’y est installé, les Tikar, y compris le chef de Magba, fût-il de 3° degré, sont fondés d’appeler les princes du sultanat et leurs ascendants « fils ».
À l’analyse, les évènements des 3 et 4 février 2023 avec atteinte à l’intégrité physique du chef de Magba devant ses sujets, la mise à sac de sa chefferie, la profanation des objets sacrés, la mise à feu du véhicule du chef, des actes de vandalisme sur le mât et le drapeau du Cameroun, tous ces faits et bien d’autres, trouvent bien leurs origines ailleurs. Il en est de même pour la tentative récidiviste du 8 août 2024, avec mort d’hommes et d’importants dégâts matériels; tout cela exhale une forte odeur d’hégémonie, de la négation de l’autre pour exister.
André GUIMVOUM.

