AUDIOVISUEL CAMEROUNAIS, MULTIPLICITÉ DES CHAÎNES, UNICITÉ DES CONTENUS : MONOTONIE GARANTIE

Avec 308 stations radio et 95 chaînes de télévision fonctionnelles, le paysage audiovisuel camerounais compte parmi les plus étoffés de l’Afrique francophone. Ce visage pluriel de l’audiovisuel au Cameroun, cache mal la pauvreté des programmes proposés.

C’est avec la loi du 19 décembre 1990 portant libération de l’espace audiovisuel, que l’étau a commencé à se desserrer autour du monopole de l’état sur le paysage audiovisuel camerounais. Ce n’était que le premier pallier franchi vers la libération totale de cet espace, puisqu’il a fallu attendre encore dix bonnes années, pour que les conditions et les modalités de création et d’exploitation des radios et télévisions privées soient fixées par décret du Président de la République. Ces conditions étaient tellement souples que, même les porteurs des  projets qui ne remplissaient pas les conditions requises s’y sont engouffrés. L’engouement pour la nouveauté était tel qu’en un an seulement pour ce qui concerne la radio, la bande FM à Yaoundé et à Douala était saturée ; ce, pendant que, les nouveaux signaux télévisuels nationaux s’allumaient  ici et là. C’était un véritable décollage à la verticale. Ça, c’était il y a 25 ans. Aux termes des derniers pointages effectués au mois de janvier 2025 par le Conseil National de la Communication CNC, le Cameroun compte 95 chaînes de télévision, 139 radios commerciales et 169 radios communautaires.

Cette prolifération des radios et télévisions sur l’ensemble du territoire national, n’implique pas pour autant une variété et une attractivité des contenus proposés dans les programmes. Ce phénomène est  plus visible (avec ou sans jeu de mots), au niveau des chaînes de télévision privées, objets de notre chronique. En dehors de Canal2 International avec sa chaîne dédiée au cinéma, toutes les autres sont généralistes avec des programmes calqués sur le même modèle et dominé par les débats oiseux. Pas ou peu d’émissions élaborées ; c’est à croire que, 35 ans après la libération de l’espace audiovisuel et 25 ans après la fixation des modalités de création des entreprises  audiovisuelles privées au Cameroun, ces chaînes cherchent encore leurs voies.

À l’origine de ce retard au démarrage, se trouve entre autres, le faible taux d’investissement dans la production des émissions locales et originales, ou des  documentaires de qualité. C’est que, les budgets limités des chaînes privées de télévision au Cameroun, ne permettent pas de produire des scripts et d’avoir des réalisations potables à la consommation. Résultats des courses, des talk-shows sont servis aux téléspectateurs du matin au soir ; les émissions, lorsqu’elles existent, sont les lieux par excellence d’attaques ad hominem, on y va plus pour plastronner que pour expliquer une situation. Les programmes éducatifs, scientifiques, culturels ou de découverte, sont le ventre mou des contenus. Pour remplir les grilles des programmes, l’on diffuse les mêmes émissions plusieurs fois par jour, et sur plusieurs jours. Vous avez dit monotonie ?

Les professionnels de la communication avaient pourtant appelé de tous leurs vœux cet espace audiovisuel libéralisé,  afin que les initiatives privées y prennent leur place pour faire oublier « la CRTV devenue «ronronnante ». Les chaînes de télévision privées flamboyantes dont l’avènement avait été annoncées à grand renfort de publicité, tardent à nous faire voir ce dont elles sont capables. Elles n’arrivent pas (encore) à casser les codes. Le rude combat quotidien en vue de rester toujours professionnellement vivant ne fait pas partie de leurs agendas. Ces chaînes ont véritablement besoin de se secouer, elles ont besoin d’un aggiornamento pour sortir de leur zone de confort afin de nous faire rêver.

André Guimvoum.

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