FAIBLESSE D’UNE OPPOSITION ÉMIETTÉE AU CAMEROUN

Dans le pays violé en 1472 par les Portugais, aux enclabures de « Rio dos Camarões », pas moins de 12 concurrents affronteront, le 12 octobre 2025, le président Paul Biya, âgé de 92 ans et candidat à un huitième mandat consécutif. Dans cette course au fauteuil magistral, l’émiettement de l’opposition déclarée crève les yeux, dans le cadre légal d’un scrutin uninominal majoritaire à un tour.

Le président sortant semble manifestement, d’ores et déjà, l’illustre favori de sa propre succession, après 43 ans de règne ininterrompu. Officiellement investi par le parti Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), il n’est pas encore apparu en public pour galvaniser personnellement ses fidèles partisans, mais il ne saurait perdre la confiance de la majorité d’environ huit millions de citoyens votants, formellement attendus à l’élection présidentielle.

INCONSISTANCE STRUCTURELLE

Fragmentées en chapelles plus ou moins signifiantes, les formations politiques d’apparence hostile au chef de l’Etat camerounais ont failli dans leur tentative simulée de créer une dynamique qui puisse entraver la longévité de Paul Biya au pouvoir suprême. Cette patente faiblesse confirme l’inconsistance structurelle d’une opposition représentée par une douzaine de partis agréés pour participer au prochain scrutin présidentiel, selon Elections Cameroon (ELECAM), organisme public chargé d’organiser, d’administrer et de superviser les compétitions électorales et les processus référendaires (1).

Dans l’échec probable de l’opposition à la présidentielle agendée, l’honorable Joshua Osih du Front Social Démocrate (FSD/SDF) a au moins un programme peu ou prou respectable et des revendications légitimes quant à la transparence des bureaux de vote (2). D’autres leaders n’attendent que le chèque de l’État, qui rembourse une forte partie des décaissements aisément justifiables de campagne. Ce qui constitue une avance monétaire, sachant que les dépenses éligibles sont ensuite acquittées sur la base de barèmes précis, en ligne avec le cadre juridique qui fixe les conditions de financement des courses électorales. Il est désormais question de restreindre la participation publique pour limiter les appétits voraces des chefs de partis (3).

COHORTE SUPPOSÉE OPPOSANTE

Est-ce étonnant lorsque l’on part à la chasse d’un lion expérimenté avec une lance de porc-épic ? N’y aurait-il pas lieu de soupçonner des velléités de « complicités » ou de « récompenses » au-delà de la surface, qui expliqueraient le confort réel de la plupart des leaders de la prétendue opposition politique ? En d’autres termes, l’usuelle « mangeoire » ne serait-elle pas inclusive dans moult azimuts pour feindre le recours à la présidentielle et l’ambition de l’alternance ?

En effet, jusqu’ici, chacun des leaders a plutôt à cœur d’afficher une règle exclusive de sa subjective suffisance pour vouloir succéder au locataire actuel du Palais de l’Unité à Etoudi. Aussi ces personnages se ressemblent-ils à bien des égards par leur rivalité sourde (4), en tentant de faire distinctement cavalier seul. Au final, ils ne reflètent que des vulgaires fringales pressantes et des sensibles discordes incessantes au sein d’une curieuse cohorte supposée opposante.

MICROCOSME D’APPÉTENCES

Faute d’être représentatifs de la majorité des citoyens gagnés par la pauvreté, certains candidats au concours d’accès à la magistrature suprême sont des individus dotés de faux-semblants et façonnés par l’exposition répétée à des supercheries (5). Dans ce microcosme d’appétences ou d’emprunts au covoiturage politique, où la sincérité est improbable, l’ambivalence politique et l’hypocrisie authentique se distinguent par l’étendue des fortunes indûment accumulées.

De manière générale, les considérations des opposants présumés, des adhérents exubérants du RDPC ou des partisans discrets du régime paraissent difficilement identifiables par de rares et solides convictions idéologiques, soit pour les défendre collectivement, soit pour se les approprier fermement. Les déterminations à la mords-moi le nœud semblent encore scotchées à l’image d’une société tumultueusement malmenée par l’escobarderie civique. Et la réalité têtue finit presqu’invariablement par montrer que des héros auto-proclamés sont guidés non pas par le progrès de leur pays, mais par des intérêts essentiellement personnels. Alors, dans ces conditions « trianglaises » vivaces, il n’y aurait pas grand-chose à reprocher au Président Paul Biya, sauf d’avoir l’air discret pour ses compatriotes.

Pr. Alain Boutat

Épidémiologiste,

Économiste et Politiste

Lausanne

Pour Médiapart 29 Aout 2025

 

(1) Boutat A. « Présidentielle au Cameroun : le verdict des candidatures est tombé », Mediapart, 06/08/2025.

(2) Atangana P.C. « Présidentielle 2025 : Joshua Osih saisit Elecam pour la relocalisation de 1 153 bureaux de vote jugés « non neutres » », EcoMatin, 01/08/2025.

(3) Lokossou C. « Campagne présidentielle au Cameroun : un budget de 15 millions FCFA par candidat ? », Afrique – Sur 7, 29/08/2025.

(4) Mbardounka C.O. « Présidentielle au Cameroun : Maurice Kamto étant exclu, qui pour défier Paul Biya ? », BBC Afrique, 05/08/2025.

(5) Boutat A. « La caution financière à la présidentielle est-elle rédhibitoire au Cameroun ? », Mediapart, 23/07/2025.

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