FESTIVAL MBAM – ART : 30 ans d’innovation,12 éditions de mutation.

Les projecteurs de la douzième édition du Festival Mbam-Art se sont éteints le 1er mars 2026 à la place des fêtes de Bafia. Dans le même temps s’éteignaient aussi, les trente bougies de la célébration du trentième anniversaire du concept Mbam-Art. Après ces « noces de perles », nous risquons un coup d’œil dans les labyrinthes qu’ont empruntées tous les deux ans et pendant trente années les organisateurs, afin que Mbam-Art reste toujours debout et vivant, avec à la baguette, le patriarche Camille MOUTE à BIDIAS. 

1996 – 2026, le Festival Mbam-Art affiche fièrement ses trente ans d’âge ; c’est la maturité révolue. Il a fallu trois longues décennies avec des fortunes diverses d’une édition à une autre, pour que ce concept prenne corps, et surtout, qu’il s’installe dans ce champ lexical de l’art et de la culture du Cameroun. Pour y arriver, les porteurs du projet sont passés par plusieurs chemins, dont notamment ceux complètement escarpés, où le risque d’une chute et l’envie d’abandonner le combat se côtoient au bout de chaque mètre parcouru. En effet, comme tout jeune projet, Mbam-Art à la fin de la décennie 90 et même bien après, avait montré à plusieurs reprises, des signes d’une organisation sans « guide-line »  bien défini, avec une  approximation dans ses contenus. C’est dans cette fragilité ambiante que sont venus s’engouffrer les nombreux contempteurs de Mbam-Art  pour lui prédire le chaos.

Pour ces « festi-sceptiques » de  Mbam-Art, « le projet s’est retrouvé par effraction entre les mains inexpertes en matière d’art et de la culture ». Des gens, entendait-on ici et là, « qui veulent se servir de la culture comme rampe de lancement, en vue d’un positionnement politique ou social personnel ». Autant de déclarations et bien d’autres exprimées pour tuer dans l’œuf, cette idée de la célébration de l’identité culturelle du Grand Mbam, cette aire géographique avec ses multiples composantes socio-ethniques, les unes différentes des autres. Tous ces éléments réunis, condamnaient le Festival Mbam-Art  à mourir de sa belle mort au bout de deux éditions, comme la plupart des Festivals au Cameroun, parce que financièrement essoufflé, parce que conceptuellement inapte de se réinventer pour continuer à faire rêver les férus de l’art et de la culture.

En face, le patriarche Camille MOUTE à BIDIAS et ses artificiers ont pris toute l’opinion à contre-pied, en proposant après chaque édition de Mbam-Art,  des versions revues et corrigées, grâce à une profonde auto-optimisation et une exploitation à fond des points faibles dont ils étaient affublés pour en faire des leviers de succès. Le premier acte dans ce registre a consisté à fédérer toutes les différences linguistiques et culturelles des onze familles qui ont en partage les deux rives du fleuve Mbam. Opération délicate, s’il en fut, associant à la fois de la patience et un brin de doigté dans l’approche, tout cela, dans un Cameroun où la tendance est au repli identitaire  tout en ostracisant les autres ethnies.

Cette opération était indispensable, étant entendu qu’un objet d’art sculpté avec la plus grande finesse, s’affranchit de toutes les barrières linguistiques ; autant qu’une danse, qu’elle soit LEMANDE, BEVEUK ou BANEN, VUTE ou YAMBASSA, TIKAR, DJANTI ou BAFIA, OSSANAGA , NYOKON ou BALON, quand les pas sont bien exécutés, les mots s’effacent et laissent la place à l’émotion.

Passée cette étape, les équipes de Mbam-Art sont allées trouver chaque tribu du Grand Mbam dans son cadre de vie de tous les jours, à l’effet de lui faire découvrir Mbam-Art sous toutes ses coutures ; c’était le début de la délocalisation du Festival. C’est ainsi que Mbam-Art  est devenu un évènement culturel « sans frontières » dans le landerneau des onze familles du Grand Mbam. L’autre fait d’armes que les organisateurs brandissent à satiété, c’est la mise sur pied d’un musée, appelé à « démocratiser » l’apprentissage de l’art plastique tout en théorisant l’utilisation des matériaux de rebus pour redonner vie à tout ce que la nature rejette. En trente ans, le plus grand soin a été accordé à la mise en place des instruments capables de donner une âme au concept Mbam-Art. Cela n’a pas échappé aux annonceurs qui sont devenus plus nombreux pour accompagner cette initiative culturelle.

La douzième édition de Mbam-Art tenue à Bafia du 21 février au 1er mars 2026, est une parfaite illustration de la marche en avant de Mbam-Art, avec 101 stands au village du Festival, contre une petite dizaine il y a quinze ans; 20 ONG et annonceurs et 12 000 visiteurs dûment enregistrés. Si ce n’est pas ça la résilience, le Festival Mbam-Art n’en est pas si éloigné.

André GUIMVOUM

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