AFRIQUE : LA CRISE CLIMATIQUE REPRESENTE UNE MENACE EXISTENTIELLE

Ce continent, qui compte 54 pays et abrite plus d’un milliard de personnes, a une histoire tourmentée. Les conditions arides et les températures élevées sont depuis longtemps un terrain propice à la sécheresse et la famine, qui ont fait des dizaines de millions de victimes au cours des dernières décennies.

Même si les pires impacts du changement climatique ne se font pas encore pleinement sentir, l’Afrique est déjà en proie à des catastrophes multiples.

La Corne de l’Afrique, qui inclut l’Éthiopie, le Kenya et la Somalie, est actuellement aux prises avec la pire sécheresse depuis 40 ans. Cinq ans de déficit de précipitations ont touché 50 millions de personnes, dont 20 millions sont menacées par la famine. Plus de 20 % des personnes vivant en Afrique sont considérées comme sous-alimentées ; un chiffre choquant.[

Un climat aussi chaud et sec a rendu la végétation du sol très combustible, et l’Algérie et la Tunisie sont loin d’avoir été les seuls pays confrontés à des feux de forêt alimentés par la chaleur tout au long de l’année 2022.

Les cyclones ont également fait payer un lourd tribut. En 2022, la région australe de l’Afrique a subi une série de tempêtes tropicales implacables, entraînant des déplacements et des souffrances en masse, notamment sur l’île de Madagascar.

Au large des côtes, les hausses du niveau de la mer ont été tout aussi inquiétantes. Le long de la mer Rouge et de l’océan Indien occidental, le niveau de la mer a augmenté respectivement de 3,7 mm et de 3,6 mm par an, dépassant la hausse moyenne mondiale de 3,4 mm.

Le pire pourrait être encore à venir. Ce scénario difficile dans toute l’Afrique est susceptible d’empirer davantage dans les années à venir, en particulier alors que le continent est en proie au changement climatique.

Les températures augmentent plus, et plus rapidement, que partout ailleurs

En raison de son emplacement et de sa topographie, l’Afrique est très vulnérable aux symptômes du réchauffement climatique. Il est probable que les températures continuent à y augmenter plus rapidement que dans le reste du monde.

De 1991 à 2022, l’Afrique s’est réchauffée à un rythme moyen de 0,3 °C par décennie, une augmentation supérieure à la moyenne de 0,2 °C par décennie enregistrée par le continent de 1961 à 1990.[7] D’ici 2040, les « États fragiles » de l’Afrique (qualifiés ainsi pour leur faible gouvernance, leurs tensions sociales, leurs crises humanitaires et leurs conflits armés), de la République centrafricaine à la Somalie et au Soudan, pourraient supporter 60 jours par an ou plus de températures étouffantes supérieures à 35 °C, soit quatre fois plus que les États non fragiles.

Dans le même temps, les régimes de précipitations risquent de devenir encore plus imprévisibles. Cela implique une véritable menace existentielle pour les personnes sur le terrain : catastrophes météorologiques extrêmes, mauvaises cultures, perte de moyens de subsistance et désertification accélérée.

Qu’est-ce que l’avenir réserve à cette région du monde vulnérable ? L’Afrique est-elle condamnée à souffrir à mesure que le climat mondial continue à se dégrader, ou pourrait-elle atteindre le salut grâce à des initiatives politiques, technologiques et d’investissement ? S’attaquer à la vulnérabilité unique de ce continent vaste et complexe face à la menace du changement climatique exigera la montée en puissance de l’empathie et de la compréhension.

Cent millions de personnes souffrent de la crise liée au changement climatique

Les maux climatiques de l’Afrique sont pour le moins injustes. Combinés, tous les pays africains n’émettent que 3,8 % des gaz à effet de serre mondiaux chaque année, bien moins que la Chine (23 %), les États-Unis (19 %) ou l’Union européenne (UE) (13 %).[9] De même, les émissions de dioxyde de carbone par habitant n’y sont que de 1,04 tonne métrique par an, largement inférieures à la moyenne mondiale de 4,69 tonnes métriques.[10]

Malgré cette absence de culpabilité relative, l’Organisation météorologique mondiale met en lumière six domaines de préoccupation pour l’avenir à court et moyen terme du continent.

Il s’agit notamment de l’accélération de la hausse des températures ; de la chute de la productivité agricole ; des conditions météorologiques extrêmes qui aggravent les problèmes de sécurité alimentaire, de déplacements et de conflits ; du manque de financement pour l’adaptation ; du coût croissant des pertes et des dommages ; ainsi que des systèmes d’alerte précoce inadéquats.

Les vagues de chaleur, les inondations, les cyclones et les sécheresses sont dévastateurs chaque fois et où qu’ils se produisent. Cependant, c’est particulièrement le cas dans une région économiquement défavorisée comme l’Afrique, avec un PIB moyen par personne d’un peu plus de 2 000 USD en 2023. En Afrique, le cadre d’intervention en cas de catastrophe est insuffisamment développé. L’assainissement obsolète permet aux maladies de prospérer, et la faim peut muter en famine en un rien de temps.

Pour de nombreux civils, c’est une question de survie.

Les chiffres montrent que plus d’une centaine de millions d’Africains ont été affectés par les aléas climatiques en 2022, dont 5 000 sont décédés en raison de sécheresses et d’inondations. Il est probable que les chiffres réels soient considérablement plus élevés, en raison de la difficulté à compiler des statistiques sur un terrain aussi vaste avec des communications peu fiables.

L’agriculture est une bouée de sauvetage pour de nombreuses familles et économies africaines, occupant plus de la moitié de toute la main-d’œuvre en Afrique sub-saharienne. Pourtant, depuis 1961, la productivité agricole a diminué d’environ un tiers dans le contexte du changement climatique. Cela marque une chute plus abrupte que dans n’importe quelle autre région du monde, ce qui signifie que l’Afrique a dû tripler la quantité de nourriture qu’elle importe chaque année pour assurer la subsistance de sa population. Seuls 3 % des zones cultivées en Afrique sont irriguées par des canaux ou des réservoirs, ce qui expose les cultures aux ravages des inondations et de la sécheresse. L’absence de financement pour l’entretien peut condamner au délabrement n’importe quel système d’irrigation existant. Selon certains scénarios, d’ici 2060, le changement climatique pourrait plonger dans la faim 50 millions d’habitants de plus dans les États fragiles d’Afrique.

L’autosuffisance est essentielle aux solutions durables

Imaginez un instant ce que l’Afrique pourrait réaliser si elle était en mesure de libérer le potentiel de ses enviables ressources : elle pourrait non seulement générer une énergie presque illimitée, mais une énergie propre presque illimitée. Après tout, la région brûlée par le soleil est dotée de plus de la moitié du potentiel solaire sur la planète. Cependant, sur tout le continent, la capacité installée totale est seulement équivalente à celle d’un petit pays européen.

Libérer l’énergie solaire à travers l’Afrique, ainsi que d’autres sources durables telles que les énergies éolienne, hydraulique et géothermique, apporterait des avantages sans précédent. Ceux-ci comprennent non seulement un environnement plus propre, mieux à même de survivre à la crise climatique, mais également davantage d’emplois, une plus grande prospérité, une santé améliorée et plus d’égalité dans toutes les couches de la société..

Le moment est venu de financer le déploiement massif d’options d’énergies renouvelables en Afrique. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’électricité verte devrait devenir moins chère que les alternatives faisant appel aux combustibles fossiles en Afrique d’ici 2030.

Cependant, les progrès restent lents, puisque seulement 3 % environ des investissements énergétiques mondiaux sont actuellement centrés sur l’Afrique. Faire évoluer ce paradigme nécessitera des décisions audacieuses du secteur public comme du privé.

Le réchauffement climatique entrave le développement économique en Afrique. Il risque de paralyser les systèmes agricoles, menace de balayer des décennies de progrès en matière d’éducation et de soins de santé et compromet le patrimoine culturel terrestre. Une action rapide peut aider à limiter ces dangers et à construire une Afrique plus résiliente, au profit du monde entier.

La température et la population augmentent en parallèle

Pour préparer à l’avenir ces terres exposées au changement climatique, il faudra investir dans des villes durables et connectées et gérer avec soin les terres, l’eau et les autres ressources naturelles. L’espoir pourrait pointer à l’horizon grâce à des initiatives telles que le Fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité du Fonds monétaire international (FMI). Le Fonds offre un financement abordable à long terme aux plus petits États engagés à renforcer leur résilience aux chocs climatiques.

Une stratégie double peut aider l’Afrique à atteindre une sécurité durable

Les pays du monde développé doivent tirer les leçons de leur propre évolution dommageable pour l’environnement et s’assurer que l’Afrique s’engage sur une voie plus durable vers la richesse et la sécurité. Cela exigera une stratégie double. Tout d’abord, accélérer l’économie du continent en donnant les moyens aux nations africaines de prospérer dans un monde moderne, axé sur la technologie, avec des systèmes financiers sophistiqués. Deuxièmement, coordonner des efforts pour lutter contre les causes sous-jacentes du réchauffement climatique mondial qui augurent des changements si dévastateurs des températures et des systèmes météorologiques dans les régions équatoriales.

Ne pas agir face au changement climatique en Afrique est un manquement moral qui condamne plus d’un milliard d’âmes à des vies raccourcies et difficiles, privées d’espoir ou d’opportunités. L’alternative qui permet à toute une société de cheminer avec nous vers l’avenir promet d’encourager l’équité et la prospérité partout dans le monde.

Personne au monde ne sera à l’abri des ravages du changement climatique

Alj.com, Dubai, EAU, 4 septembre 2024

Fady Jameel

Président délégué et vice-président, Abdul Latif Jameel International

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

018707