VERS L’EXTINCTION DES MÉDIAS CLASSIQUES PAR LES RÉSEAUX SOCIAUX ?

Le paysage médiatique du monde se métamorphose chaque jour, celui du Cameroun aussi. Les réseaux sociaux qui sont rentrés dans cet espace, ne font pas que coexister avec les médias  traditionnels, mieux, ils les phagocytent petit à petit.

Le pronostic vital de la radio, de la télévision, et de la presse écrite n’est certes pas encore engagé, mais ces médias  dits classiques, sont sérieusement bousculés, malmenés depuis quelques années par les plateformes numériques, dans ce qui constituait pourtant il n’y a pas longtemps  leur zone de confort. Si la bataille pour occuper les espaces se déroule à plusieurs niveaux, l’essentiel de ces confrontations a lieu sur le terrain de l’instantanéité. Ce front est actuellement sous la prégnance des réseaux sociaux, avec à la baguette, le tout-venant ; ce citoyen lambda qui surfe sur une supposée indépendance d’esprit qu’il revendique à hue et à dia, pour diffuser tous les produits captés sur le vif, avec tous leurs déchets impropres à l’hygiène morale. Ici, les opinions comptent plus que les faits. Pas de fact checking, aucune vérification des faits avant leur publication sur Facebook, Instagram, Google, Tiktok, WhatsApp ; autant de plateformes qui ciblent des centres d’intérêts précis, avec la possibilité de les consulter autant de fois que l’on veut.

Pendant ce temps, les journalistes professionnels qui traitent les mêmes événements, mettent un point d’honneur sur la vérification des faits comme l’exige la profession, confrontent les sources d’informations avant la rédaction et la mise des sujets à l’antenne le soir, pour les journaux de l’audiovisuel. Quant à la presse écrite, il faut attendre le lendemain pour la publication des mêmes informations, pendant que les réseaux sociaux sont déjà passés à autre chose.

C’est ici que la tyrannie de l’instantanéité s’exerce et prend le dessus sur le rythme prudent, adopté dans les salles de rédaction conventionnelles. Le public, sur invitation des   professionnels des réseaux sociaux, s’engouffre à grand renfort dans les « likes , partages, et commentaires. »Pour les annonceurs, tout se joue à l’aulne du nombre des réactions qui accompagnent la publication des  messages ou « informations ». C’est la preuve que ces supports médiatiques,  longtemps rangés dans la catégorie des moyens déjantés pour informer,  sont importants et constituent du pain béni  pour faire décoller leurs  affaires ou les maintenir en haut des ventes. En plus, ça ne coûte pas aussi cher qu’en face. D’où la migration massive des annonceurs vers ceux qui gèrent l’information par le truchement du numérique, entraînant de facto, la réduction de la surface financière des médias classiques, et aussi et malheureusement, celle de leurs effectifs. C’est la prise du pouvoir par les réseaux sociaux sur un terrain que l’on croyait parfaitement maîtrisé par les médias traditionnels.

Est-ce alors l’extinction programmée des médias classiques avec cette cohabitation qui  leur est défavorable ? Les promoteurs des chaînes de télévision, des radios et de la presse écrite, se donnent encore quelques chances pour garder la tête hors de l’eau. Dans un dernier sursaut pour rester visibles et audibles, ils  multiplient les subterfuges, y compris (grosse surprise), l’adaptation de leur fonctionnement au numérique, pour éviter l’irréparable c’est-à-dire, l’arrêt des rotatives, les écrans noirs, ou le silence radio. Dans ces conditions, ce sont les personnes à qui sont confiées les rênes de ces structures classiques d’informations, qui font les frais de ce baroud d’honneur avec leur permanent renouvellement par les promoteurs.

 André GUIMVOUM

JOURNALISTE

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