SPORT ET SUCRES

Le « Grand Prix Chantal Biya » nous donne l’occasion de relever qu’au niveau mondial, quatre facteurs peuvent justifier l’amélioration des performances des cyclistes.

Ce sont :

  1. Le rajeunissement des cadres. Plusieurs grandes formations du World Tour possèdent des équipes en 2e et 3e division. Ce sont les fameuses équipes continentales (Contis) ou les équipes Développement (Devo).
  2. Le grand professionnalisme des équipes anglo-saxonnes, mis en avant par Dave Brailsfond, manager de l’équipe Sky (aujourd’hui Ineos Grenadien), comparativement à celui des Latins.
  3. Certaines innovations, bien qu’infimes, permettent de grignoter quelques watts.
  4. Les progrès accomplis en nutritions : les apports en glucides aux cyclistes.

Notre objectif est de sensibiliser nos dirigeants du sport, et ceux du cyclisme en particulier, sur cette programmation diététique des glucides.

Autrefois, l’apport en glucides des cyclistes était compris entre 40 et 50 grammes/heure d’effort. Pour épargner leur sucre (glycogène de réserve), les spécialistes ont préconisé aux cyclistes un entrainement qui permettait aux organismes de consommer beaucoup lus de lipides durant les premières heures d’effort. Cela a aussi fait le succès des boissons à base de  corps cétoniques qui sont des molécules énergétiques que le foie produit quand l’organisme n’a pas assez de glucose pour fonctionner. Exemple de boissons : Tdeltas – HVMN. La conséquence est que le corps utilisera les graisses comme sources d’énergie alternative.

Actuellement, l’objectif est d’augmenter les quantités de sucre assimilable par l’organisme. On joue alors sur la digestibilité des boissons. Cela passe par l’encapsulation et par le biais de bons dosages ‘‘glucose-fructose’’. Ainsi, les doses de  glucose ingérées sont passées de 40-50 grammes/heure (voir plus haut) à 90-100 grammes/heure. Les conséquences de ce doublement de doses sont :

  1. La réduction de façon importante du risque d’apparition des fringales chez les cyclistes. Ces fringales étaient désagréables et frappaient régulièrement les anciennes générations de cyclistes pendant la compétition.
  2. Le recul de l’apparition de la fatigue neuromusculaire centrale. Il y a lieu de noter que l’on ignore encore tous les risques à long terme de toutes ces planifications diététiques.

Supposons  qu’un cycliste pédale environ 1000 heures par an et qu’il consomme 90 grammes de glucides par heure d’effort au cours d’une saison régulière. Ce cycliste aura consommé un total de 90 kilogrammes (kg) de sucre (90gr x 1000h). A ces 90 kg, il faudrait ajouter les apports glucidiques des autres repas sans oublier les glucides des rations d’attente (que l’on consomme avant la compétition) et de récupération (consommée après la compétition, surtout du fructose). Une estimation globale de ces consommations suggère que les cyclistes consommeraient quotidiennement 12 à 15 grammes de sucre par kg de poids corporel. Ainsi, un cycliste de 70 kg de poids corporel consommerait environ un kg de sucre par jour. Cette consommation faite de façon progressive, permet une amélioration de l’expression des récepteurs digestifs et du débit glucidique. Cette forte consommation de glucides n’est pas sans danger pour l’organisme des cyclistes. En effet, le fructose est un facteur majeur d’apparition de l’obésité, à long terme, de la résistance à l’insuline puis du diabète de type II. Bref, le sucre entretient une  inflammation à bas bruit. Tous les risques encourus par les jeunes cyclistes qui consomment beaucoup de fructose, ne sont pas connus.

Parallèlement, une grande consommation de sucre peur appauvrir le ‘‘microbiote  intestinale (flore intestinale) et créer un déséquilibre de la flore intestinale (les spécialistes parlent de dysbiose) : les bactéries pathogènes sont alors favorisées au détriment des bactéries bénéfiques. Cette dysbiose est associée aux maladies métaboliques comme le diabète et l’obésité. La dérégulation du microbiote va atteindre l’ace l’intestin-cerveau’’ (NB : l’intestin est parfois appelé deuxième cerveau car riche en neurones, environ 500 millions). Ainsi, en affaiblissant l’intestin, le sucre peut avoir indirectement, un effet néfaste sur l’encéphale.’’ Peut alors arriver que l’équilibre psychique du cycliste soit altéré. Il va broyer du noir et manquer de motivation. Certains cyclistes entrent même en dépression.

Nous notons aussi qu’une forte consommation de sucre peut provoquer une liaison ‘‘molécules de glucose-protéines de peau’’. Ces protéines sont : le collagène (qui donne à la peau sa fermeté) et l’élastique (qui confère à la peau sa souplesse). Les spécialistes parlent de glycations des protéines. Ces liaisons entraineront un vieillissement de la peau.

Au niveau du cerveau, les liaisons ‘‘glucose-protéines de la peau’’ se feront au détriment des protéines ‘‘précurseurs amyloïdes’’ dont le rôle est de veiller à la bonne propagation des influx nerveux entre neurones. En temps normal, cette propagation est coupée en deux par une enzyme. Avec l’excès de sucre, cette propagation sera coupée en trois ou en quatre et cela pourrait provoquer de graves conséquences sur le cerveau.

A ce stade, les sucres pourront être à l’origine d’une diminution cognitive associée à la maladie d’Alzheimer.

Ce qui est dit pour les glucides, est aussi vrai pour la consommation d’édulcorants comme l’aspartame. Bref, une forte consommation d’édulcorants peut entraîner des troubles métaboliques. Tous les sports peuvent être concernés par cette planification diététique. Les sportifs de haut niveau, que nous considérons comme des personnes à la santé et aux nerfs d’aciers, sont susceptibles de tomber dans la spirale des addictions (comme celle du sucre) et des maladies mentales (comme l dépression), voire la diminution cognitive), toutes consécutives à la planification diététique. Leo Ferré disait « Les bonheur, c’est le malheur qui sommeille ». Pourrions-nous dire « Le sport, c’est le malheur qui sommeille » ?

* Par AMA Pierre.

  1. Sc. Biologie del’Activité Physique ;

 HDR Physiologie des Sports.

Association Multi-Activités Physiques.

Cam.Tribune du 25 sept.2025

Bibliographie :

 – Le sucre nous rend-il bête ? Un documentaire réalisé par Doris Trornballa, 2003.

-«  Pourquoi vont-ils si vite ? », d’Anthony Sanchez et Guillaume Sarre. In Sport et vie 208, janvier 2025.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

016852