JAY-LOU AVA, BATISSEUR D’UNIVERS
Il faut parfois savoir se taire et écouter vraiment. J’ai cru, par automatisme, que Wonderful World était une reprise. Quelle erreur. En m’immergeant dans cette composition originale de Jay-Lou Ava, j’ai découvert que le « monde merveilleux » dont il parle n’est pas une carte postale nostalgique, mais un territoire qu’il construit de toutes pièces, latte après latte.
L’art de la genèse : » Wonderful World « Libéré de l’ombre d’un standard, ce titre devient la pièce maîtresse de son identité. Techniquement, c’est une architecture fascinante. Le balafon ne se contente pas de jouer une mélodie, il dessine un paysage. On y entend une guitare qui ne se contente plus d’accompagner, mais qui sculpte des horizons. C’est une composition qui respire une liberté totale, où l’originalité instrumentale n’est plus un défi à relever, mais un langage naturel. On sent que ne cherche pas à imiter le passé, mais à offrir sa propre vision du beau : une vision boisée, complexe et profondément sereine.
La pulsation du vivant : « Kemit et Mariage » C’est là que mon cœur de chroniqueuse s’emballe. Dans ces titres, la technique des « ghost notes » prend une dimension narrative. Ce ne sont plus des artifices de batteur, ce sont des secrets chuchotés entre les notes. Sur Kemit, ce « clic » des « dead notes » crée une tension dramatique, un rappel constant de la matière brute. On sent l’influence du PAJ (Progressive Afro Jazz) non pas comme une étiquette, mais comme une pulsation vitale. Jay-Lou Ava ne joue pas du rythme, il est le rythme.
« Le Ganzaval » : Le cri de la terre dans « A Gbich » La rencontre avec le ganzaval d’Emilio Bissaya reste le moment le plus viscéral de l’album. Puisque tout ici est composition originale, ce dialogue prend une valeur de manifeste. C’est une conversation entre deux époques qui n’auraient jamais dû se croiser. La rudesse du ganzaval vient bousculer la sophistication du balafon chromatique. C’est magnifique parce que c’est imparfait, c’est organique, c’est vrai.
Mon verdict : Ethno Skies, Vol. 2 est bien plus qu’un album de jazz : c’est un carnet de voyage intérieur. En refusant la facilité des standards pour imposer ses propres compositions, Jay-Lou Ava affirme sa stature de compositeur de premier plan. C’est un album qui a l’odeur de la terre après la pluie. C’est exigeant, c’est fier, et c’est d’une élégance rare. Pour moi, c’est la preuve que l’on peut être un technicien hors pair et garder une âme d’enfant qui s’émerveille devant la vibration d’une corde ou le chant d’une calebasse. C’est, tout simplement, le monde de Jay-Lou. Et il est, effectivement, merveilleux.
Chronique BANDCAMP
Le Journal de Léa

