COME ANGELIN ONDOUA : L’ÉCONOMISTE QUI CONNECTE L’AFRIQUE ET L’EUROPE POUR LE DEVELOPPEMENT LOCAL
Côme Angelin Ondoua Zame, économiste Camerounais et expert en management, s’est imposé comme une figure clé de la coopération internationale décentralisée.
Fondateur et PDG de Wise House Management International depuis 2017 à Yaoundé, il a pour mission de conseiller les collectivités territoriales et de catalyser le développement économique local en Afrique.
Son action se concrétise par l’organisation de forums de haut niveau, tels que le FECDEL (Forum Économique Italie-Cameroun) et le FICAM (Forum International Cameroun-France), qui servent de ponts pour des partenariats institutionnels et économiques durables entre l’Afrique et l’Europe.
Diplômé de l’Université de Yaoundé II – Soa et certifié de l’Université de Lille, M. Ondoua Zame met son expertise au service de projets à fort impact, ayant notamment contribué au Master Plan de Kribi et à l’Agropole de Mbalmayo.
À travers ses entreprises complémentaires, Wise Flow-RH (gestion des ressources humaines) et Wise Move & Travel (mobilité internationale), il démontre une vision globale qui place l’expertise, l’engagement et le capital humain au cœur de la transformation économique des territoires africains. Il incarne un leadership africain moderne, résolument tourné vers la stratégie et le partenariat international.

Glance Magazine : Monsieur Ondoua Zame, votre parcours vous positionne comme un « bâtisseur de ponts » entre l’Afrique et l’Europe. Quelle est la philosophie profonde derrière Wise House Management International et cette quête de synergie ?
Ondoua Zame: Bonjour, et merci pour l’intérêt que vous portez à notre action à travers cette interview.
En réalité, tout part d’un constat et d’une réalité.
Le constat, c’est que le monde est devenu un véritable village planétaire, où les peuples aspirent à un même idéal : vivre dans l’harmonie, la dignité et la complémentarité.
Mais la réalité, elle, est tout autre. Nous faisons face à une injustice économique persistante, où une minorité vit dans l’abondance pendant que la majorité survit dans la précarité.
À cela s’ajoute une asymétrie d’information entre les continents, qui entretient les préjugés, la méfiance et freine les synergies nécessaires à la création et au partage équitable des richesses entre le Nord et le Sud.
Or, chaque territoire, qu’il soit Africain ou Européen, regorge d’atouts et de potentialités économiques qui ne demandent qu’à être révélés et valorisés.
L’enjeu est donc de savoir comment transformer ces potentialités en richesses tangibles, en mobilisant des partenaires capables d’accompagner la mise en œuvre de projets structurants et porteurs d’impact.
C’est précisément cette conviction qui a donné naissance à Wise House Management International.
Notre mission est claire : bâtir de véritables ponts entre l’Afrique et l’Europe, dans une logique de solidarité économique et de coopération gagnant-gagnant.
Nous voulons faciliter la rencontre entre les acteurs économiques, institutionnels et financiers, pour favoriser la concrétisation d’investissements à fort impact socio-économique, capables de stimuler la croissance et de promouvoir une meilleure répartition des richesses.
Voilà, en somme, la philosophie profonde de Wise House Management International : agir comme un catalyseur de confiance et de synergie, au service d’un développement équilibré, inclusif et durable.
Pardonnez-moi d’avoir été un peu long, mais cette vision mérite, je crois, d’être expliquée avec tout le cœur qu’elle mérite.
G.M : Vous êtes décrit comme un économiste expert en gouvernance locale. En quoi la gouvernance locale est-elle, selon vous, le moteur essentiel du développement durable des territoires en Afrique ?
O.Z : En tant qu’économiste expert en gouvernance locale, je dirais que la gouvernance locale constitue le moteur essentiel du développement durable des territoires africains pour plusieurs raisons structurelles, économiques et sociales :
- La gouvernance locale, socle de la démocratie de proximité
La gouvernance locale rapproche la décision publique du citoyen. Elle permet aux collectivités territoriales (communes, régions, communautés urbaines) :
- D’impliquer directement les populations dans la définition des priorités de développement ;
- D’assurer la redevabilité des dirigeants locaux ;
- Et de renforcer la transparence dans la gestion des ressources publiques.
Ce lien de confiance favorise une meilleure appropriation des politiques publiques et un climat social plus stable, deux conditions indispensables à un développement durable.
- Une meilleure adaptation des politiques publiques aux réalités locales
Les besoins d’un village rural sahélien diffèrent profondément de ceux d’une métropole comme Douala ou Abidjan.
La gouvernance locale permet d’élaborer des politiques contextualisées, fondées sur :
- Les potentialités économiques locales (agriculture, artisanat, tourisme, industrie) ;
- Les spécificités culturelles et sociales ;
- Les contraintes environnementales propres à chaque territoire.
Cette décentralisation fonctionnelle permet une utilisation plus efficiente des ressources et une meilleure résilience des communautés.
- La gouvernance locale, levier de mobilisation des ressources endogènes
Les territoires Africains disposent d’immenses ressources humaines, naturelles et culturelles souvent sous-exploitées.
Une gouvernance locale efficace :
- Encourage les initiatives communautaires et entrepreneuriales ;
- Stimule l’investissement privé local ;
- Favorise la coopération décentralisée et les partenariats public-privé à échelle territoriale.
En valorisant les capacités locales, on crée un développement autoporté et durable, moins dépendant de l’aide extérieure.
- Un instrument de cohésion sociale et de réduction des inégalités
La gouvernance locale offre un cadre pour :
- Une redistribution équitable des ressources entre zones urbaines et rurales ;
- Une inclusion des groupes vulnérables (femmes, jeunes, minorités) dans la gouvernance ;
- La prévention des conflits liés à la marginalisation territoriale.
En favorisant l’équité et la participation, la gouvernance locale devient un vecteur de paix sociale et de durabilité institutionnelle.
- Un pilier pour la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable (ODD)
Les ODD se réalisent concrètement au niveau local : gestion de l’eau, éducation, santé, emploi, environnement.
Les communes et régions sont donc les acteurs opérationnels de cette vision globale.
Sans institutions locales fortes, responsables et transparentes, aucun développement durable ne peut s’ancrer durablement dans les territoires africains.
La gouvernance locale est donc, la charnière entre l’État et la population, entre la vision nationale et l’action concrète sur le terrain.
Lorsqu’elle est bien pensée, participative, transparente et axée sur les résultats, elle transforme les territoires africains en véritables pôles de croissance inclusive et durable.
G.M : Le FECDEL et le FICAM sont des plateformes d’envergure. Quel a été l’événement le plus marquant ou le partenariat le plus inattendu qui ait découlé de ces forums ?
O.Z.: Le Forum économique Italie-Cameroun pour la Coopération décentralisé et le Développement Economique Local en abrégé FECDEL et le Forum économique sur les opportunités d’Investissement au Cameroun sont deux plateformes de promotion, d’échange, de rencontre et de partage que nous organisons en Italie pour le premier et en France et bientôt dans d’autres pays européens pour le deuxième. L’objectif est de faciliter les partenariats bénéfiques durables et de créer des ponts pour la réalisation des projets et des investissements à fort impact socio-économique au niveau local.
Ces plateformes ont déjà favorisé la naissance de plusieurs partenariats commerciaux, logistiques, stratégiques et techniques au cours de trois dernières années, d’autres partenariats intéressants sont en cours de négociation. Je dirai que le partenariat le plus inattendu reste celui qui a abouti à l’élaboration en cours du master plan de la ville de Kribi.
G.M. : Quels sont les principaux défis que vous rencontrez lorsque vous tentez de mobiliser des investisseurs ou des collectivités européennes sur des projets africains, et comment les surmontez-vous ?
O.Z. : Les principaux défis que nous rencontrons sont à la fois structurels et techniques.
Sur le plan structurel, il existe encore une perception de risque très élevée lorsqu’il s’agit d’investir en Afrique. Beaucoup d’acteurs européens ont une image parfois dépassée des réalités africaines : instabilité politique, faiblesse des cadres réglementaires, complexité administrative… Ces représentations freinent la confiance, alors que, sur le terrain, de nombreux pays ont réalisé des progrès considérables en matière de gouvernance économique et de sécurisation des investissements.
Sur le plan technique, les projets Africains peinent souvent à répondre aux standards exigés par les bailleurs ou les collectivités européennes. Il manque parfois une ingénierie de projet solide, des études de faisabilité détaillées ou des outils de suivi-évaluation conformes aux normes internationales.
C’est pourquoi nous travaillons beaucoup sur le renforcement des capacités locales, la structuration des projets et la présentation d’un cadre de gouvernance clair et traçable.
En résumé, il ne s’agit pas seulement de chercher des financements, mais de bâtir des partenariats intelligents et durables, fondés sur la confiance, la compétence et la co-responsabilité.
G.M : Vous avez accompagné le Master Plan de Kribi ou l’Agropole de Mbalmayo. Quel rôle exact jouez-vous dans la concrétisation de ces projets à fort impact socio-économique ?
O.Z. : Il faut dire que nous avons été là avec les dirigeants depuis l’idée jusqu’à la réalisation.
Notre rôle a consisté à accompagner les porteurs de projets dans toutes les phases stratégiques : la conception, la planification, la structuration financière et la mise en œuvre opérationnelle.
Sur le Master Plan de Kribi, par exemple, nous avons contribué à la définition du cadre de gouvernance territoriale, à la coordination entre les acteurs institutionnels et privés, et à l’élaboration d’un modèle de développement équilibré entre les impératifs économiques, sociaux et environnementaux.
L’enjeu était de faire de Kribi non pas seulement une ville touristique grâce à la présence de la mer, mais un pôle urbain intégré, capable de générer de la valeur ajoutée locale, des emplois et des infrastructures durables.
Quant à l’Agropole de poisson d’eau douce de Mbalmayo, notre mission a porté sur l’appui à la structuration du projet agro-industriel : définition des filières prioritaires, mobilisation des investisseurs, mise en place de mécanismes de financement inclusifs, et accompagnement des coopératives locales.
Nous avons insisté sur la chaîne de valeur agricole, afin que les producteurs bénéficient directement des retombées économiques et que le territoire devienne un véritable bassin de transformation agroalimentaire.
En somme, notre approche repose sur une vision intégrée du développement local, où chaque projet devient un levier de transformation structurelle du territoire.
Nous ne venons pas simplement “exécuter un mandat”, mais bâtir des cadres durables, transférer des compétences et installer une gouvernance qui survive aux cycles politiques.
G.M. : En fondant Wise Flow-RH et Wise Move & Travel, vous couvrez l’humain et la mobilité. Est-ce une manière d’aborder la question des ressources humaines qualifiées et de la diaspora dans votre stratégie globale ?
O.Z. : Absolument. L’humain est au centre de nos actions.En créant Wise Flow-RH et Wise Move & Travel, notre ambition est d’apporter une réponse concrète et durable à deux enjeux majeurs : la valorisation du capital humain africain et la mobilité professionnelle responsable.
Ces deux entreprises s’inscrivent dans une même logique : créer un impact positif à tous les niveaux de l’écosystème professionnel camerounais et africain, tout en facilitant la circulation des compétences entre l’Afrique et le reste du monde..
À travers Wise Flow-RH et Wise Move & Travel, nous voulons reconnecter les talents africains à leur potentiel et à leurs opportunités, qu’ils soient sur le continent ou dans la diaspora. C’est une manière pour nous d’allier mobilité, compétence et impact social, au service du développement du continent.
G.M. : Comment l’enseignement supérieur doit-il s’adapter pour former la nouvelle génération d’experts en management et stratégie dont l’Afrique a besoin ?
O.Z. l’Afrique a besoin d’une refonte profonde de ses modèles de formation supérieure, notamment dans les domaines du management, de la gouvernance et de la stratégie.
L’enseignement supérieur doit aujourd’hui évoluer vers des programmes plus professionnalisant, centrés sur la résolution de problèmes réels, la recherche-action et l’innovation managériale.
Il ne s’agit plus seulement de transmettre des connaissances théoriques, mais de développer des compétences opérationnelles, capables de transformer les organisations publiques et privées africaines.
Nous devons également renforcer le lien entre l’université et le monde de l’entreprise. Trop souvent, la recherche académique reste déconnectée des réalités économiques et sociales.
Former la nouvelle génération d’experts, c’est donc encourager les parcours hybrides — entre la pratique et la recherche, entre l’analyse stratégique et la mise en œuvre concrète sur le terrain.
Enfin, je crois beaucoup à la dimension panafricaine de cette transformation.
Nos universités doivent collaborer, mutualiser leurs expertises, et intégrer la diaspora africaine dans les dispositifs de formation et de mentorat.
C’est à ce prix que nous pourrons bâtir une élite intellectuelle et managériale capable de porter le changement structurel et durable dont le continent a besoin.
G.M. : Si vous deviez adresser un message aux jeunes entrepreneurs africains qui souhaitent se lancer dans l’expertise et la coopération internationale, quel serait le message clé que vous souhaiteriez faire passer ?
O.Z. : Je leur dirais que tout est possible à celui qui croit, mais qu’il faut aussi ménager sa monture pour aller loin.
L’entrepreneuriat et l’expertise internationale ne sont pas des courses de vitesse, mais de résistance, de vision et de constance.
Il ne suffit pas d’avoir une bonne idée — il faut la structurer, la confronter au réel, s’entourer des bonnes personnes et apprendre en permanence.
Je crois profondément que la jeunesse africaine a tout le potentiel nécessaire pour transformer le continent, à condition de croire en elle-même et de cultiver la discipline.
L’expertise, la coopération, la diplomatie économique : tout cela s’apprend, mais surtout, cela se construit par l’humilité, la rigueur et la persévérance.
À ceux qui se lancent, je dis : ne cherchez pas seulement à réussir individuellement.
Cherchez à créer de la valeur, à laisser une trace utile, et à inspirer d’autres jeunes.
C’est ainsi que, collectivement, nous bâtirons une Afrique compétente, confiante et respectée sur la scène internationale.
Interview réalisé par Henri M.Atangana

