LES FESTIVALS AU CAMEROUN, LA COPIE CONFORME DU MÊME SCÉNARIO
Le Cameroun, c’est près de 280 tribus, pour autant de langues, de cultures et de traditions. Afin de « vendre » cette mine culturelle dans tout le pays et même à l’international, quelques unes de ces tribus ont décidé de passer par la voie des festivals. Mais seulement voilà, cette noble initiative est fortement compromise par la faiblesse de certains contenus proposés. Au lieu d’innover, de nombreux organisateurs des festivals se contentent de se calquer les uns sur les autres. Bienvenue au cœur des « festivals du copier-coller. »
Le festival, défini comme une manifestation populaire mettant en valeur la création artistique et culturelle d’une tribu ou d’une ethnie, occupe désormais une place prépondérante dans plusieurs communautés camerounaises. Longtemps resté la chasse gardée de certains peuples des régions du Littoral et de l’Ouest, le festival est devenu, comme qui dirait, le sport national; c’est chacun qui veut son festival et l’organise comme il veut. Dans cette course effrénée vers une visibilité artistique et culturelle plus nette, seuls trois ou quatre festivals (sur une cinquantaine) sortent véritablement du lot, grâce au génie créateur de leurs porteurs. Quant aux autres, les personnes qui en ont la charge se contentent pour l’instant de lorgner les copies des voisins pour replaquer les mêmes contenus dans leurs productions. Pas étonnant alors que de nombreux festivals camerounais se ressemblent comme s’ils avaient été générés par le même logiciel. On y retrouve en effet les mêmes articulations, le même déroulé et parfois les mêmes thèmes. En gros, c’est la même fête qui tourne en boucle sur l’ensemble de l’étendue du territoire national. Seuls changent, la date, le lieu, et le nom de baptême de l’événement. Et voilà le festival, grand rendez-vous culturel par excellence, coincé entre les traditions à préserver et le folklore répétitif à grand renfort d’annonces publicitaires.
Dans les cénacles où les menus de ces grands moments de culture sont concoctés, tout se passe comme si le mot d’ordre est clair : « pourquoi faire original quand on peut copier et faire pareil ? » Tout commence par le choix du thème qui doit servir de base pour toutes les activités du festival. Pour être dans le coup, il faut aller piocher dans le champs lexical des mots magiques, à condition de les exploiter tous sans modération. Dans cet impressionnant florilège des mots et expressions les plus usités l’on retrouve : Émergence, Résilience, Vivre-ensemble, Développement, Croissance et bien d’autres perles encore. Dans toutes les prises de parole pendant le festival, les mêmes vocables reviennent comme des refrains. Ici, l’art de parler pendant longtemps pour ne rien dire, ne s’est jamais aussi bien porté. C’est à qui citera le plus le président de la République Paul Biya, avec comme document de référence : « Pour le libéralisme communautaire » paru en 1987. Pour faire plus complet il suffit d’y ajouter les phrases dites « choc » du locataire du palais d’Étoudi, sans oublier cette propension de certains porteurs des festivals à revendiquer leurs origines égyptiennes ou soudanaises, autant que leur appartenance à des castes des guerriers, sans traçabilité avérée. À l’analyse, le festival camerounais est devenu une gigantesque pièce de théâtre où les acteurs changent juste de costumes mais continuent de jouer la même pièce. Pour cocher toutes les cases des incongruités, et toute honte bue, certains responsables n’hésitent pas à solliciter l’admission immédiate de leurs parodies de festivals dans le sacro-saint « Patrimoine Culturel Immatériel » de l’UNESCO, après une ou deux éditions seulement. Même si le ridicule ne tue pas, il peut finir par vous abrutir.
André Guimvoum.

