100 FCFA POUR MOURIR : LE CRI D’ALARME DE LA JEUNESSE DU SUD CAMEROUN
La région du Sud Cameroun agonise sous le poids des whiskys frelatés, des drogues et de l’indifférence. Faut-il sacrifier des millions de vies pour les poches de quelques trafiquants?
Constat froid : une région empoisonnée à ciel ouvert
Derrière les 100 FCFA tendus au comptoir, c’est un arrêt de mort qui se négocie. D’Ebolowa à Kribi, de Sangmélima à Ambam jusque dans les villages les plus reculés, le constat est glacial. Le Sud Cameroun est inondé de poisons vendus légalement ou sous le manteau.
Dans les marchés, les bars, à la sortie des écoles, les sachets multicolores s’entassent. Kitoko, Fighter, Lion d’Or, Tombo, Big Boss, Striker, King Arthur : des noms qui claquent comme des promesses de virilité, mais qui cachent des mélanges de méthanol, d’éthanol industriel et de colorants toxiques. À côté, l’*odontol* local distillé sans contrôle et le matango fermenté à outrance complètent le tableau.
La drogue suit. Tramadol appelé « Tramol », cannabis surnommé « banga » ou « caillou », Tapis et autres comprimés détournés circulent dans les lycées. L’âge du premier contact est tombé entre 12 et 14 ans. Plus de 10 millions de sachets sont encore écoulés chaque mois au Cameroun malgré l’interdiction du 11 avril 2023.
Chiffres clés du Sud : l’ampleur du désastre
– Âge du premier verre : 12-14 ans dans la région
– Taux de méthanol : jusqu’à 30 fois la norme OMS dans les sachets analysés
– Impact hépatique : +40% de cas d’hépatites et cirrhoses en 5 ans
– Patients touchés : 40% des hospitalisés pour complications hépatiques au CHU de Yaoundé consommaient du whisky en sachet
– Atteintes neurologiques : 60% des consommateurs réguliers présentent des signes précoces de cirrhose, troubles cognitifs ou démence précoce
Conséquences : le corps et la société en lambeaux
- Santé : l’hécatombe silencieuse
Les hôpitaux du Sud le confirment. A Ambam, « je reçois des jeunes de 17 ans avec le foie d’un vieillard de 70 ans. Le Kitoko et le Tramol leur ont brûlé l’intérieur. On parle de mort lente, mais ici c’est une mort rapide », témoigne * témoigne un médecin .Cécité, démence précoce, mort subite : le méthanol ne pardonne pas.
À cela s’ajoute l’*infertilité*. Médecins et infirmiers de la région signalent des jeunes de 20 ans stériles. Le foie détruit, les hormones déréglées, les toxiques attaquent directement les fonctions reproductrices.
- Social : délinquance et oisiveté comme horizon
Sans emploi et déscolarisés, des jeunes volent, agressent et se prostituent pour un sachet à 100 FCFA. L’*oisiveté* devient la norme. Des quartiers entiers, d’Ambam à Kribi, se réveillent dans l’alcool et s’endorment dans le Tramol. La délinquance explose et avec elle, l’insécurité.
Le silence complice : nous sommes tous coupables
Comment en est-on arrivé là? Par le silence complice de la société.
Le parent qui ferme les yeux quand son fils de 13 ans rentre en titubant. Le boutiquier d’Ambam qui vend aux enfants car « ça rapporte ». L’élu local qui touche sa part et détourne le regard. Le voisin qui dit « ce n’est pas mon enfant ».
Ce silence tue. Il autorise les trafiquants à prospérer. Il enterre l’avenir du Sud dans l’indifférence générale.
Inaction de l’État : l’incompréhensible recul face au désastre humanitaire
Comment comprendre que face à ce désastre humanitaire, l’État ne parvienne toujours pas à agir? Depuis l’interdiction décrétée le 11 avril 2023, les résolutions sont repoussées, les textes d’application attendent, les contrôles se font rares.
Trois hypothèses glaciales expliquent cette paralysie :
- Le poids des intérêts économiques occultes. Des réseaux puissants tirent profit de ce commerce. Entre taxes informelles, corruption et financement de campagnes, certains individus sans foi ni loi ont tout intérêt à maintenir le statu quo. Le poison rapporte plus que la vie.
- La peur du chaos social. Interdire brutalement, c’est mettre des milliers de vendeurs à la rue sans alternative. L’État redoute les émeutes de la misère et repousse l’échéance. Mais à force de protéger la paix sociale à court terme, il sacrifie la santé publique à long terme.
- La faiblesse de la chaîne de répression. Manque de moyens, agents corrompus, justice lente. Les saisies sont médiatisées, les usines rouvrent le lendemain. Les décrets signés à Yaoundé meurent avant d’atteindre Ambam ou Sangmélima.
Pendant que les commissions se réunissent, les jeunes meurent. Pendant que les rapports s’empilent, les sachets s’écoulent. Cette inaction n’est plus de l’impuissance. Elle devient de la non-assistance à région en danger.
Doit-on sacrifier des millions de Camerounais pour des intérêts égoïstes?
La question est brutale mais vitale : doit-on sacrifier la vie et la santé de millions de Camerounais au profit des intérêts égoïstes de certains individus sans foi ni loi?
Des réseaux fabriquent dans des arrière-cours, importent illégalement, corrompent. Ils s’enrichissent sur des cadavres. La loi existe. Appliquez-la. La vie de nos enfants vaut plus que les taxes et les pots-de-vin.
L’État doit sévir : stopper la production, démanteler les réseaux
Assez de discours. Nous exigeons des actes :
- Fermer et détruire toutes les unités de production de whisky en sachet, sans délai.
- Poursuivre pénalement fabricants, distributeurs et complices, avec peines exemplaires.
- Contrôles inopinés dans tous les marchés et boutiques, avec saisie et destruction immédiate.
- Traquer les filières de drogue jusque dans les établissements scolaires.
Comment répondre à ces fléaux? La Génération Avenir Sud trace la voie
Face à l’urgence, l’association Génération Avenir Sud (GAS) refuse la fatalité et propose un plan d’action concret pour sauver la jeunesse.
En zone urbaine : reprendre la rue aux dealers
- Brigades citoyennes de veille : jeunes formés qui signalent les points de vente aux forces de l’ordre à Ebolowa, Kribi, Sangmélima et Ambam.
- Centres d’écoute et de sevrage à Ebolowa, Kribi, Sangmélima, Ambam. Prise en charge médicale et psychologique gratuite.
- « Sport contre sachet » : tournois de football, maracana et ateliers culturels chaque weekend. Occuper la jeunesse, lui redonner une fierté.
- Micro-crédits pour reconversion : aider les vendeurs de sachets à lancer des activités saines : jus naturels, restauration, agriculture.
En zone rurale : briser l’isolement et l’oisiveté
- Caravanes de sensibilisation : aller de village en village avec médecins, anciens toxicomanes et leaders traditionnels. Montrer les ravages, sans filtre.
- Champs-écoles GAS : former les jeunes désœuvrés aux cultures maraîchères et à l’élevage. Un jeune qui cultive ne traîne pas au bar.
- Radio communautaire : messages en bulu, fang, batanga. Dénoncer les vendeurs. Valoriser les témoignages de ceux qui s’en sortent.
- Impliquer les chefferies : que chaque chef traditionnel bannisse la vente de sachet et d’odontol frelaté lors des deuils et cérémonies.
Le Sud ne mourra pas à 100 FCFA le sachet. La Génération Avenir Sud est debout. Parents, enseignants, autorités, chefs, commerçants : le choix est simple. Complices ou combattants.
*Il est temps de choisir son camp *
Eric ENAM

